In love de Lens

Après Sète fin septembre, c’est à Lens que la tribu #EnFranceAussi s’est retrouvée début octobre pour un blogtrip placé sous le signe de l’amour. Grâce à Chacha, notre ambassadrice Hauts-de-France, et Florence, de l’office du tourisme de Lens-Liévin, nous avons eu la chance de découvrir Lens et de prendre goût à ce « sens de l’essentiel » qui fait la particularité de ce territoire tellement attachant. Au programme : de l’art et de l’amour au Louvre-Lens, une ascension épique des terrils, de la bière et de la frite et puis évidemment de l’histoire et de la mémoire (et tout ça à une heure de Paris en TGV !). En bref, tout ce qu’on aime.

Ce n’était pas une première pour nous, puisque nous avions déjà découvert cette région lors d’un roadtrip à l’arrache au printemps 2017 au moment du centenaire de la bataille de Vimy. Derrière les deux piliers du mémorial canadien, on avait alors découvert la plaine de Lens, cet horizon plat avec ses pyramides grises jumelles. Ça reste l’un de nos souvenirs les plus marquants de roadtrips de mémoire, avec cette sensation tellement forte de se trouver sur une zone sismique de l’histoire. Nous étions allées voir les deux pyramides et avions atterri par hasard à la nécropole de Lorette en cherchant un endroit où dormir avec le van…

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Mais depuis, nous étions restées sur notre faim, car nous n’avions même pas mis les pieds dans la ville de Lens et qu’il nous restait comme un goût de revenez-y… alors vous pensez bien qu’on était ravies de pouvoir y retourner, avec les copains en plus ! Ce week-end n’a fait que confirmer notre première impression et notre amour pour Lens et ses environs. On vous explique pourquoi avec la liste de nos coups de cœur.

Les coups de cœur d’Hélène

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Immersion au Louvre-Lens

Nous partons samedi matin à l’assaut du Louvre-Lens. La journée est belle, et concourt à l’ambiance de colonie de vacances qui règne dans la navette nous conduisant au musée. Florence nous accueille chaleureusement sur le parvis et nous dirige vers notre guide, Gunilla. Le bâtiment est entouré d’un jardin empli de promeneurs et de cyclistes. Le soleil entre à flot dans le hall central qui, grâce à son centre documentaire ouvert et ses espaces de circulation, a un air d’agora.

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Les deux maîtres mots du musée sont l’accueil et l’humilité. Ça ne semble pas être une posture. Le musée s’est détaché du parrainage un peu écrasant du Louvre parisien. Il affirme sa propre identité, basée sur son inscription dans le territoire et sur le partage, avec des réserves ouvertes et des visites dans les ateliers de restauration. Comme je travaille dans le domaine muséal, je sais qu’une démarche comme ça demande du temps et de l’implication, mais c’est aussi, pour moi, la clé de l’avenir des musées.

« L’annonce de l’implantation du Louvre sur notre territoire, inimaginable, impensable et tellement nié, fut un moment d’émotion intense. L’émotion procurée par ce beau musée reste intacte, s’y ajoute la joie de voir le parc qui se transforme et s’embellit, permettant une promenade inspirée dans des lieux chargés d’histoire. »

Les citations sont extraites du livre « Ces lieux qui nous racontent, Le guide émotionnel de Lens-Liévin par ses habitants » (Pas-de-Calais tourisme / ALL)

Gunilla nous présente la Galerie du Temps. Pour une ancienne étudiante de l’Ecole du Louvre, c’est comme retrouver des vieux amis. Sauf que contrairement à moi, les statues ont encore la ligne et n’ont pas pris une ride ! J’aurais vraiment aimé que cette galerie existe au temps de mes révisions. Les œuvres clés y sont présentées de façon ouverte. Les influences entre les différentes aires géographiques sont facilement lisibles. Ça aurait été vraiment le bonheur pour nous, pauvres étudiants noyés sous les bouquins, les références obscures et les divagations de certains profs. Bref, nous nous offrons une jolie déambulation malheureusement trop courte à travers l’histoire de l’art. Sachez que la Galerie du Temps est gratuite, vous pouvez donc passer saluer vos copains quand vous le voulez. Classe.

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Ensuite, nous visitons l’exposition temporaire Amour qui se déroule jusqu’au 21 janvier 2019. Le projet nous laisse une impression un peu mitigée. D’un côté, le thème est sympathique et tranche avec les expositions précédentes. Il y a beaucoup d’œuvres rares et intéressantes. Cependant, plusieurs panneaux au début de l’exposition manquent de distance dans leur analyse du rapport entre la séduction et la violence. Et puis il y a trop peu d’œuvres réalisées par des artistes femmes, ce qui nous empêche un peu de nous immerger dans le sujet. Mais bon, à chacun de se faire sa propre idée !

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Visite « Lens, mine d’art déco »

Cette visite se fait au départ du Louvre-Lens. Notre guide, Chrystelle, est fort énergique. Elle nous présente sur une maquette dans le hall du musée le carreau de fosse n°9 où est maintenant construit le bâtiment, puis nous conduit d’un pas décidé vers la cité d’habitation des mineurs Saint-Théodore. Je suis surprise car, pour moi, la ville de Lens est étroitement liée à la mine. Mais en réalité, la cité minière et la ville sont clairement séparées. En fait, les mineurs n’allaient jamais dans le centre puisque tout était prévu pour eux à côté de leur lieu de travail : l’école, les magasins de la coopérative, le dispensaire. C’est une plongée fascinante dans un univers clos où tout est soigneusement pensé.

Le chemin entre le lieu de travail et le lieu d’habitation s’effectue sous la surveillance du directeur de la mine et du curé, dont les deux maisons sont placées stratégiquement pour avoir une vue sur l’ensemble du site (un peu Big Brother, tout ça). Le dispensaire est situé juste après le prieuré, puis viennent l’école et le collège d’enseignement domestique pour les filles. L’église porte le nom de Saint-Théodore du nom du directeur de la mine. Rien n’est laissé au hasard.

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Toute la vie du mineur est réfléchie. Par exemple, un des loisirs proposés aux travailleurs était la chorale car, elle permettait d’occuper les soirées et ainsi d’éviter le bistrot ou, pire, les réunions syndicales ! Cela permettait aussi de développer la capacité thoracique et respiratoire des mineurs, ce qui leur était utile pour leur travail. Les agitateurs étaient également tenus à l’œil. L’un des moyens pour éviter le désordre ou les revendications intempestives étaient de leur octroyer les habitations les plus éloignées du carreau de fosse. Une demi-heure de marche de plus matin et soir après une grosse journée de boulot, ça vous calme son homme.

Tout n’est cependant pas si manichéen. Les directeurs, malgré leur paternalisme marqué, sont pour la plupart sincèrement attachés au territoire. Par exemple, en 1932, avant le fameux New Deal de Roosevelt, Felix Bollaert procure du travail à des milliers de chômeurs en faisant construire le célèbre stade de foot qui domine aujourd’hui la ville (et qui porte son nom).

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Cette visite d’un monde disparu pose vraiment des questions. Lorsque les mines n’ont plus été rentables, ce n’est pas juste leur emploi que les mineurs ont perdu, c’est leur mode de vie, leur avenir et leur identité. Je repense à cela en interrogeant Florence, le soir en haut des terrils. Comment gérer cette perte d’identité pour les habitants ? Florence me souligne que ce n’est pas la première fois que le Pas-de-Calais a souffert de tels bouleversements, mais que c’est, en effet, une question épineuse.  Cette mémoire est loin de faire consensus. Certaines personnes idéalisent la vie de l’époque, oubliant les conditions de vie d’alors et veulent garder l’ensemble des bâtiments intacts. D’autres, au contraire, veulent faire table rase du passé tandis que certains prônent une voie médiane entre sauvegarde et reconversion. Quoiqu’il arrive, c’est un territoire qui a une vraie capacité à se renouveler et à « habiter » son histoire. Que ce soit autour des carreaux de fosse, sur les terrils ou près de Notre-Dame de Lorette, les gens se promènent, courent, font du vélo. La fermeture des mines n’a pas été une fatalité. L’énergie des habitants est toujours là, on le sent.

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« J’habite à Lens depuis un moment et je n’avais jamais fait attention à l’architecture. Mais si on prend le temps de lever la tête, on découvre partout sur les façades des formes géométriques, des fleurs stylisées, des mosaïques, des ferronneries… Maintenant, je ne peux plus me balader sans lever les yeux pour trouver de nouveaux motifs ! »

Un petit tour en bus et nous voici dans le centre de Lens. Là encore, surprise. Loin de l’uniformité des pavillons en brique de la cité minière, la ville de Lens s’enorgueillit de nombreuses façades ornées style Art Déco. C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais la ville a été entièrement détruite pendant la Première Guerre mondiale. J’ai vu des photos de l’époque et c’est incroyable, il n’a plus un seul immeuble debout. La ville est un champ de ruine. Elle entame sa reconstruction grâce aux dommages de guerre fournis par l’Etat.

Et là c’est intéressant, car deux options s’offrent aux habitants. Imaginez-vous deux secondes à la place de ces gens qui avaient tout perdu. Qu’auriez-vous fait ? Auriez-vous reconstruit à l’identique, comme c’est le cas à Arras ou en Flandre ? Ou bien auriez-vous eu envie de quelque chose de totalement nouveau ? Lens a choisi son camp et décidé de construire avec un style nouveau. La cité est embellie et améliorée selon les principes hygiénistes, mais aussi esthétiques, de l’époque. Mon bâtiment préféré est la gare de Lens, construite en 1927. Réalisée par Urbain Cassan, elle a la forme d’une locomotive, symbole d’une modernité glorieuse. Enfin, c’est comme cela que l’on pensait à l’époque. La mine y est célébrée à l’intérieur dans les fresques d’Auguste Labouret.

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Nous avons retrouvé ce goût pour l’architecture et la décoration dans notre belle chambre d’hôte à l’Arbre, juste en face de la gare. Nous avons dormi dans un charmant studio aux belles boiseries décorées avec la vue sur une petite terrasse en briques. Les parties communes sont très agréables et l’accueil chaleureux. On recommande !

La gastronomie locale

J’ai envie de commencer cette rubrique par une citation tirée du menu d’un restaurant appelé Chez Cathy et qui, je pense, dit beaucoup de choses sur la cuisine locale : « Nos frites sont sans huile de palme car cuites dans la graisse de bœuf. » La cuisine du Pas-de-Calais, c’est une gastronomie comme je l’aime, cosmopolite, roborative et forte en goût. Petit panel de mes plats préférés.

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Le potjevleesch est un plat d’origine flamande constitué de porc, de veau et de mouton en gelée. Je tiens à préciser tout d’abord que j’ai une vraie histoire d’amour avec ce plat qui m’a sauvé la vie plusieurs fois. J’ai fait connaissance avec le potjevleesch il y a environ quinze ans. C’était lors d’une de ces soirées étudiantes au cœur de Paris où nous festoyions joyeusement à quinze dans neuf mètres carrés. Le buffet était constitué d’un pack de bière par personne et d’un paquet de chips pour six. Ce régime favorisait une ivresse rapide mais risquée, car la bière jetée dans un ventre vide peut être capricieuse. Je voguais dangereusement vers les rives obscures des estomacs contrariés, quand l’ami d’un ami est apparu avec cette étrange terrine de viande. Il venait de se reconvertir, passant de disquaire à traiteur, et son patron faisait son éducation culinaire en le forçant à ingurgiter ses réalisations les plus emblématiques. Certains firent la fine-bouche. Avec un ami, nous nous sommes rués sur ce plat qui nous a sauvé la vie. Bien rassasiés, nous nous sommes endormis comme des anges, le ventre plein, l’estomac en place et la conscience en paix.

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J’ai redécouvert cette douceur en 2012 à l’ouverture du Louvre-Lens. Je devais venir y travailler une journée. C’était l’hiver, il faisait froid, je portais des Converse pour être stylée, ce qui était idiot, car j’avais juste l’air conformiste et que j’avais les pieds mouillés. J’étais à deux doigts de la dépression et de la pneumonie quand j’entrais dans un estaminet. Je commandais un potjevleesch et des patates au maroilles, un mélange osé mais délicieux qui a fait remonter ma température corporelle de plusieurs degrés. Je regoûte cette spécialité avec des frites à la Loco, une institution lensoise juste en face de la gare, et le charme opère de nouveau. Ce plat réconcilierait le pire des grincheux avec le monde.

J’ai aussi envie de vous parler de la fameuse carbonade mangée Chez Cathy, à deux pas du Louvre-Lens. Le concept de ce plat est intéressant. Imaginez un bœuf bourguignon. C’est un plat de viande en sauce, goûtu, roboratif et, somme toute, bien classique. Imaginez maintenant qu’un lutin farfelu et potache verse dedans du pain d’épice et de la bière. Vous avez maintenant un plat en sauce roboratif, goûtu et qui claque un max !

Dernier coup de cœur, la nourriture polonaise, toute la nourriture polonaise, issue des communautés de mineurs venues s’installer en France. C’est juste délicieux. La charcuterie dégustée pendant l’apéro sur les terrils, les makocz dans les pâtisseries. Tout est à tomber par terre.

« Quand j’étais petite, j’allais au marché de Lens avec ma mère où nous achetions notamment de la charcuterie polonaise. Le charcutier, qui aimait beaucoup ma bouille, m’offrait toujours la saucisse de mon choix. Aussi, à 10 heures, je mangeais ma saucisse pendant que d’autres préféraient leur pain au chocolat. »

Je ne ferais pas l’offense de parler de la bière tellement nous sommes en terre de connaisseurs. Ici, parler de bière avec votre voisin d’apéro, c’est comme parler de vin dans le bordelais. Ils sont intarissables et tellement spécialistes que vous vous contentez juste de savourer en hochant poliment la tête. Privilégiez peut être juste la bière de table légère. Les autres montent vite à la tête des néophytes.

Après cette mise en bouche, j’espère que vous allez vous ruer sur les spécialités lensoises. Ça tombe bien, l’office du tourisme de Lens-Liévin a pensé à tout avec le Lens Liévin Food Tour. Le concept est super sympa. Pour une vingtaine d’euros, vous avez le droit à une planche de dégustation et à des coupons pour goûter différentes spécialités dans les boutiques de la ville et des environs. On a goûté les pâtisseries de chez Jeanson et la bière du bar Mac Ewans. C’est parfait. Et d’ailleurs ça me fait penser qu’il nous reste quelques coupons à aller utiliser !

« Monsieur Jeanson est un sacré personnage : il invente des recettes de chocolats avec des plantes qu’il cueille sur les terrils, notamment l’achillée millefeuille. Si je dois donner un conseil, c’est de venir un jour de pluie et d’essayer la recette du chocolat chaud avec un merveilleux lensois en regardant tomber la pluie. »

Les coups de cœur de Paule-Elise

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L’ascension épique des terrils du 11/19 by night

Ces deux-là, ils sont partout. On les voit depuis Vimy, on les voit depuis le Louvre-Lens, on les voit depuis le centre-ville. Ils attirent le regard comme deux aimants, et d’ailleurs qui sait s’ils ne sont pas magnétiques, ces deux cônes gris jumeaux faits de rebuts miniers ? Le samedi soir, ils sont là juste pour nous, ils nous attendent. Attention séquence aventure.

« Tous les jours en allant à l’école, mon fils Sam disait au niveau de Loos-en-Gohelle : « Elles sont belles ces montagnes » et moi je lui répondais : « Ce ne sont pas des montagnes, chéri, ça s’appelle des terrils. » En allant au ski en Savoie, Sam dit : « Ben dis donc, ils sont méga-hauts ces terrils ! »

A la nuit tombante, notre sherpa Florence nous guide parmi la végétation endémique. Nous faisons connaissance avec une tribu locale dénommée les Blogueurs HDF et avec qui nous trouverons vite un langage commun, celui de la bière. Mais patience. Tout se mérite. Il faut grimper, un pied devant l’autre, et même pour certains une tong devant l’autre. Le ciel s’obscurcit et la silhouette des terrils se rapproche de nous, imposante, lisse, lunaire.

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Au camp de base, le ravitaillement nous attend, mais nous décidons de nous lancer dans l’ascension d’abord, braves et courageux que nous sommes. Conscients aussi que nous risquons de ne plus marcher bien droit si nous entamons les festivités. A la lueur des frontales smartphones, nous grimpons les uns derrière les autres vers le sommet de l’un des terrils. Il n’y a que nous dans le trou noir que font les terrils au cœur de la plaine illuminée. Arrivée au camp 2. On sort les trépieds, on allonge le temps de pose des appareils photos, on est concentrés.

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Il reste une dernière étape pour les plus vaillants, ceux qui n’ont pas froid aux yeux, ceux qui rêvent de l’ivresse des sommets ! Le chemin s’éboule et nous montons lentement. Le manque d’oxygène (ou d’alcool) nous ralentit. Encore quelques pas. Le vent se lève alors que les dernières lueurs du jour disparaissent. Nous y voilà. Sur le toit des terrils les plus hauts d’Europe. Encore essoufflés, nous savourons la vue à 360 degrés depuis les 184 mètres d’altitude. Vive nous.

Si avec ça on n’a pas mérité une bonne bière !! On redescend, pleins d’entrain et d’allégresse vers le camp de base où l’apéro nous attend : bières locales et grands plateaux de charcuteries et fromages polonais et italiens. Malgré la température qui baisse, quel moment chaleureux, là dans la lumière des phares de la voiture qui projette nos ombres sur les terrils, à rire et à papoter dans ce paysage unique, extraordinaire. Inoubliable.

L’office du tourisme de Lens-Liévin organise chaque mois des apéros bière-fromage dans des endroits insolites… suivez leur agenda de près !

L’expo Wool war one au Mémorial 14-18 Notre-Dame de Lorette

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On l’a dit au début de cet article, Lens et ses alentours sont marqués par l’histoire de la Première Guerre. C’est d’ailleurs ce qui nous avait emmenées ici la première fois. On vous avait parlé ici de notre passage au mémorial canadien de Vimy et ici de nos aventures à la nécropole de Notre-Dame de Lorette. Nous sommes retournées sur ces lieux avec la troupe #EnFranceALens et c’était vraiment émouvant pour nous de partager notre passion (qui, il faut le dire, peut sembler bizarre) avec les copains. Je crois que tout le monde a été pris aux tripes au pied du monument de Vimy ou dans l’Anneau de la mémoire. Nous avons eu de belles discussions après, chacun exprimant son ressenti sur l’histoire. On était très heureuses de partager ce moment.

La fois précédente, nous n’avions pas pris notre Kodak Vest Pocket, ce petit appareil photo qui date de la Première Guerre. Mais cette fois nous avons pu prendre quelques clichés à Vimy, en mode old school et en voilà quelques-uns 😉

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Et puis on a eu la chance de découvrir l’exposition « Wool war one » au Mémorial Notre-Dame de Lorette. C’est un très bel endroit, sobre et solennel à la fois, un cube noir qui abrite une exposition permanente qui permet vraiment de mieux comprendre les affrontements qui ont eu lieu dans les environs, et notamment l’ampleur des destructions. La scénographie n’élude pas la dureté de la guerre, qui a été terrible ici et a fait de nombreux réfugiés. (Je le précise car on pense souvent aux soldats qui sont morts au combat, mais ici la population civile a aussi vraiment morflé).

« Dès l’âge de 6 ou 7 ans, c’était sur le porte-bagage du vélo de ma regrettée maman que j’allais à Lorette, des souvenirs inoubliables. Le samedi ou le dimanche, on pique-niquait sur l’herbe avec nos amis, on jouait au foot, à cache-cache derrière les arbres, nous écoutions de la musique en déjeunant sur l’herbe. »

Dans un couloir ouvert sur les terrils, une cohorte de 780 petits soldats de laine nous attend. Ce sont les soldats « Wool war one », tricotés à l’initiative de l’artiste Délit Maille, qui s’avancent sur 15 mètres de long. Certains ont des tresses, des turbans ou des moustaches, mais ils n’ont pas de visage, sauf le soldat inconnu qui les surplombe depuis son piédestal. On dirait des petites poupées, des jouets innocents. Ils marchent vers l’inconnu. Leur dos est voûté, leurs besaces semblent bien pesantes. Ils paraissent si fragiles, voués à un destin anonyme.

Le projet est complètement fou, car l’artiste n’a pas tricoté tous ces soldats elle-même, elle a reçu l’aide de 499 tricoteuses et 1 tricoteur ! Des soldats du monde entier tricotés par des mains du monde entier. On a eu un coup de cœur collectif pour cette installation simple et bouleversante, utopiste et universelle.

Les soldats de laine ont été exposés à Paris, à Roubaix et même à Montréal ! Vous pouvez les voir à Lorette jusqu’au 11 novembre et ensuite ils seront expédiés dans des familles adoptives. Les fonds récoltés iront à MSF, qui intervient aujourd’hui en zone de guerre. La boucle sera bouclée. Et nous avons la chance d’avoir pu en adopter un

Emilienne Moreau-Evrard, une héroïne locale

Quand on voyage, on aime bien vous parler des figures locales d’hier ou d’aujourd’hui. Deux semaines après le blogtrip, je me retrouvée par hasard à faire la synthèse d’un colloque sur les femmes dans la Grande Guerre pour le boulot (j’ai un boulot improbable qui consiste à faire des synthèses sur tout et n’importe quoi). Il était notamment question d’Emilienne Moreau-Evrard, une héroïne des deux guerres originaire de Loos-en-Gohelle, là où se trouvent les terrils du 11/19. Son histoire résonne complètement avec les endroits qu’on a vus, alors j’avais envie de vous parler un peu d’elle.

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Née en 1898, Emilienne Moreau devient une star à 17 ans pour avoir aidé des soldats français et alliés durant les terribles batailles de 1915 autour de Lens. Le village de Loos-en-Gohelle, qui est un site minier, est détruit à 90 %. La jeune femme y vit alors. Elle soigne les blessés, informe les troupes alliées et va même jusqu’à tuer des soldats allemands qui la menaçaient. En quelques mois, elle devient un symbole de la résistance à l’ennemi et son image est juste partout : dans le métro parisien ou envoyée aux soldats sur le front pour leur redonner courage. Ses mémoires, publiées en feuilleton, font un tabac et lui permettent de faire vivre sa famille, qui a tout perdu à cause des destructions massives dans la région.

Après la Première Guerre, elle se marie avec un militant de la SFIO du Pas-de-Calais, Just Evrard, et le couple se bat pour les idées socialistes. Mais la guerre revient en 1939 et le Pas-de-Calais est à nouveau en première ligne. Les Français ont oublié la jeune héroïne de Loos, mais pas les Allemands, qui la mettent en résidence surveillée immédiatement. Cela n’empêchera pas Emilienne et son mari d’être très actifs dans la Résistance. Après avoir fui pour Evian et avoir réchappé de peu à une souricière à Lyon, elle est finalement exfiltrée à Londres en 1944. Elle sera l’une des six femmes à être faite Compagnon de la Libération. Elle meurt en 1971 à Lens.

Quel destin ! Pour la petite histoire, sachez qu’un biopic a été tourné sur elle en 1916 en Australie. Le film « The Joan of Arc of Loos » visait alors à recruter des troupes australiennes pour venir combattre en France et en Belgique. Le village de Loos-en-Gohelle a d’ailleurs été reconstitué sur les plages australiennes à cette occasion.

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Les couleurs du RC Lens, vous le savez sûrement, sont le sang et l’or. Il parait que ça viendrait du drapeau espagnol, car Lens, il y a fort longtemps, a fait partie des Pays-Bas espagnols (quand on parle de zone sismique de l’histoire !). Ces couleurs lui vont bien, d’abord parce qu’elles sont pleines de chaleur. Mais aussi et surtout pour le symbole : le sang sous la terre et l’or dans le cœur.

Un immense merci à Florence pour l’organisation de ce week-end « essentiel » ! Un immense merci aussi à Chacha pour la coordination de notre joyeuse équipe !

Pour plus d’aventures #EnFranceALens, suivez le hashtag sur les réseaux sociaux et retrouvez les autres articles du week-end sur notre webzine En France Aussi.

 


17 réflexions sur “In love de Lens

  1. à te lire, j’ai envie de manger de la carbonnade flamande, ça ne doit pas être si difficile que ça, non !
    J’ai aussi l’impression d’être une super aventurière vue la façon dont tu racontes notre montée sur le terril.

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  2. « ou pire les réunions syndicales » :p C’était des malins à l’époque! Je partage ton coup de cœur pour l’apéro terril même si la montée et surtout la descente n’ont pas été faciles (et pourtant je n’étais pas en tongs!)

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  3. Ah l’ascension du terril, toute une histoire, un moment de fierté, surtout très attendu pour l’apéro qui le suivait ! un week-end si joliment interprété, alors la maison en briques c’est pour quand 😀 ?

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