Une traversée express de la Suisse en van

Pour ce dernier épisode du Hemingway Summer tour, nous suivons le héros et l’héroïne de « L’Adieu aux armes » en Suisse, troisième pays de ce voyage après l’Italie et la Slovénie. C’est là que se passe la fin du livre, à Montreux et à Lausanne. Et c’est sur le chemin du retour, ça tombe bien ! Nous avons laissé nos deux héros à Stresa, quittant l’Italie en barque sur le lac Majeur. Nous les retrouverons bientôt à Montreux, mais avant cela nous faisons une infidélité à Hemingway et rendons hommage à la grande voyageuse suisse Ella Maillart dans les hauteurs du Val d’Anniviers. Suivez-nous pour un final tout en contrastes dans des lieux de toute beauté !

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A Chandolin chez Ella Maillart

Après avoir quitté Stresa, nous longeons la rive du lac Majeur un petit moment jusqu’à sa pointe ouest qui indique du doigt les hautes montagnes qui nous attendent. Le ciel reste gris, la route n’est pas trop fréquentée et les sommets nous impressionnent à mesure que nous approchons de la frontière avec la Suisse. Bien sûr, il est hors question de franchir le col du Simplon avec notre vieille machine (si vous n’avez pas encore lu ce qui nous est arrivé dans la descente du Kolovrat en Slovénie, c’est le moment !). Heureusement, on peut mettre le van sur un train à Iselle, côté italien, et ressortir comme par magie du côté suisse, à Brig, vingt minutes plus tard ! Nous voilà dans le Valais, sur les bords du Rhône que nous suivrons jusqu’au lac Léman.

Un peu plus bas que Brig, nous nous arrêtons à Sierre pour une étape très spéciale : nous voulons monter le lendemain dans le Val d’Anniviers, plus exactement à Chandolin, l’un des villages les hauts d’Europe à être habité annuellement (environ 2000 mètres d’altitude). Qu’est-ce qu’il y a de si spécial là-haut ? Beaucoup de gens y vont pour randonner ou pour skier. Quelques-uns, comme nous, sont des pèlerins attirés par l’aura de la grande voyageuse Ella Maillart, qui y résida une partie de sa vie, et où un petit espace lui est dédié au cœur du vieux village.

 

« LE MEILLEUR MOYEN DE SE DÉBARRASSER D’UN DÉSIR OBSÉDANT, C’EST DE LE RÉALISER. « 

ELLA MAILLART

 

En fait, on vous a déjà parlé d’Ella Maillart ici dans cette petite chronique. On venait juste de la découvrir à la faveur d’une jolie réédition dans la Petite Bibliothèque Payot Voyageurs. Une jolie couverture, et voilà, ça tient à peu de choses ! Depuis, on a lu quasiment tous ses récits de voyage, qui se passent pour la plupart en Russie et en Asie dans l’entre-deux-guerres. Ce qu’on aime par-dessus tout, c’est sa coolitude, un mélange de détachement, d’humilité et d’aventures, quelque chose d’assez unique au final chez les écrivains de voyage. Et ça tient sûrement au fait qu’elle-même ne se considérait pas comme une écrivaine.

Donc impossible de ne pas monter là-haut à Chandolin, alors qu’on passe si près ! Là encore, on laisse notre vieille machine en bas dans la vallée, à Sierre, et on prend le car postal. Je ne regrette pas, comme ça j’ai pu profiter de la route magnifique sans stresser tout du long ! C’est dimanche et le car est rempli de randonneurs et de VVTistes qui ont chargé leur vélo sur la remorque et vont s’offrir une belle descente. Après plusieurs arrêts, nous ne sommes plus très nombreux à descendre à Chandolin, terminus.

Bon à savoir : les chiens sont acceptés sans problème dans le car postal.

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Et maintenant, imaginez l’endroit où peut élire domicile une femme qui a parcouru durant des mois et des mois les hauts plateaux de l’Asie centrale, une femme qui a arpenté les Pamirs, les Himalayas et les Tian Chan, une femme qui a skié sur toutes les Alpes avant qu’il n’y ait des pistes. Et cette femme choisit de poser ses valises là six mois par an. Je ne trouve pas de meilleur moyen de décrire Chandolin.

On en garde le souvenir d’une journée magique, bénie, sous le soleil d’altitude et l’air grisant. L’espace dédié à Ella Maillart est petit mais bien fourni et très tranquille. On prend notre temps devant chaque objet, les photos, les affiches, les pages de manuscrit, les skis, la machine à écrire… C’est juste tellement inspirant ! Je prie pour qu’un peu de l’esprit d’Ella veille sur nous et sur nos voyages. Les petites femmes comme nous doivent tant aux grandes femmes comme elle.

 

« J’ai passé les six mois d’été à deux mille mètres d’altitude dans un village valaisan, inondé de soleil et de silence, au sommet d’une épaule de montagne encadrée de mélèzes. L’horizon vaste et varié est une source de joies toujours renouvelées. » E.M.

 

Après la visite, on fait ce qu’on sait faire de mieux : manger, boire et trainer. Les deux premiers au Resto des 2000, institution locale qui jouxte l’espace Ella Maillart et sert de la cuisine locale savoureuse. Croûte au fromage arrosée d’un vin blanc valaisan frais et fruité, en terrasse, si ça c’est pas le bonheur ! Pour digérer, on monte vers les alpages qui se transforment l’hiver en pistes de ski. On regarde les rapaces voler en spirale avec 2000 mètres de vide sous leurs serres. On fait la sieste sous les fameux mélèzes, on marche pieds nus sur le matelas épais d’herbe grasse et d’aiguilles de pin, on rêve dans les odeurs de fleurs et de sève. Ruby adore tellement chasser les sauterelles et les papillons qu’elle rate la biche qui passe non loin de nous, très tranquillement, en lisière de forêt. Des écureuils noirs sautent d’une branche à l’autre. Nous paressons jusqu’au dernier car qui nous redescendra dans la vallée. Cette journée lumineuse irradiera en nous encore un moment.

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Trois livres d’Ella Maillart qu’on aime d’amour

  • Parmi la jeunesse russe, ou la prouesse d’évoquer les débuts du soviétisme sans jamais sombrer dans le dogmatisme.
  • Ti-Puss, trois ans en Inde avec ma chatte, une aventure spirituelle humble et drôle dans le sud de l’Inde.
  • La voie cruelle, deux femmes et une Ford vers l’Afghanistan, tout est dans le titre!

Pour en savoir plus sur Ella Maillart : le site de l’association des amis d’Ella Maillart

Pour visiter l’espace Ella Maillart à Chandolin : le site du Val d’Anniviers

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Montreux vs vanlife

Le lendemain, forcément, j’ai un genre d’insola-cuite et je ne sers pas à grand-chose, sauf à conduire tranquillement en descendant la vallée du Rhône. Hélène va visiter le musée du Saint-Bernard à Martigny (oui, un musée dédié au chien Saint-Bernard) pendant que je comate dans le van avec Ruby. A Martigny, la route fait un coude et s’aplanit doucement vers le lac Léman. Le ciel s’ouvre, couleur bleu horizon.

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Dans « L’Adieu aux armes », le couple de protagonistes passe quelques mois de bonheur sur les hauteurs de Montreux durant l’hiver 1917-1918. Ils ont réchappé à la guerre, ils s’aiment, ils vont avoir un enfant et ils font du ski.

« La neige recouvrait la campagne presque jusqu’à Montreux. Les montagnes, de l’autre côté du lac, étaient toutes blanches et la plaine de la vallée du Rhône était couverte aussi. » Ernest Hemingway

Pas facile de se projeter dans cette description alors que nous sommes le week-end du 15 août et que la route qui longe le lac est noire de monde. Nous avons quitté l’ambiance authentique du Valais, qui nous manque déjà, pour celle du canton de Vaud voisin. Et l’écart est un peu trop grand pour nous…

On arrive à garer le van à Montreux sans trop de difficulté, mais on ne se sent vraiment pas dans notre élément sur le front de mer, blindé de gens stylés et friqués. Imaginez la scène : deux vanlifeuses pas lavées, le visage tanné par trois semaines au grand air, avec leur pitbull en carton, parmi la jet set mondialisée qui vient prendre le frais sur les bords du Léman en été ! Pourtant le cadre est majestueux, le lac avec les montagnes qui se découpent dessus, et le temps est superbe. Mais il y a des moments comme ça en voyage où on n’est juste pas dans le mood de l’endroit.

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On essaie de monter sur les hauteurs trouver un coin plus tranquille. Mais le van refuse, la pente est trop raide, décidément cet endroit ne lui plait pas ! Ah, quand ça veut pas ! Après un demi-tour sportif en mode Paulette the boss devant un pensionnat huppé pour jeunes filles, nous reprenons la route qui longe le lac. Tout est hyper urbanisé et pas forcément propice à la vanlife.  On finit par trouver un parking entre la route et le lac. La vue est jolie mais c’est bruyant. Ça ira bien pour une nuit.

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La Suisse en van, c’est comment ?

Les trucs bien :

  • Les routes superbes, les paysages hyper variés à couper le souffle (D’ailleurs, on n’a pas acheté la vignette autoroute vu qu’on peut faire cet itinéraire sur une route nationale parallèle à l’autoroute.)
  • Les jardins publics ouverts 24h/24 avec des toilettes et de l’eau en accès libre et gratuit. Du coup, il suffit de s’installer sur le parking à côté, comme on a fait à Sierre et à Clarens. Très pratique.

Les trucs moins bien :

  • Le prix des campings ! Environ 35-40 euros la nuit pour un camping standard. On l’a fait la première nuit à Sierre, mais franchement c’est abusé.
  • En général, le prix de tout. En tout cas après l’Italie et la Slovénie, c’est sûr qu’on a vu la différence. La journée à Chandolin, avec les tickets de car et le restaurant en altitude, était de loin la plus chère de tout notre périple. On n’a aucun regret, mais c’est quand même un aspect à considérer si jamais vous voulez tenter le coup !

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Un heureux dénouement

Nous voici presque au terme de notre périple Hemingway. « L’Adieu aux armes » se termine – tragiquement – un peu plus loin sur les rives du Léman, à Lausanne. Nous continuons le lendemain en longeant le lac, sur cette route côtière superbe avec l’eau sur votre gauche et les vignes sur votre droite. On n’a pas pris le temps de s’arrêter, mais si vous voulez des informations sur ce très joli coin, allez donc voir chez Audrey du blog Arpenter le chemin.

Il est temps de faire nos adieux à Ernest. Son roman finit de façon pessimiste, nihiliste, triste, tout ce que vous voulez, totalement Génération perdue, comme on a appelé cette génération qui a survécu à la Première Guerre.

Nous ne nous arrêtons pas à Lausanne, nous avons plutôt envie de retrouver le calme et la campagne avant de rentrer à Paris. Alors nous quittons la route du lac pour remonter vers le Jura. Ce sont des collines douces et des champs, encore une autre ambiance que le Valais et le Léman, des routes qui ondulent dans les forêts de pins.

Le dénouement de notre voyage approche et il sera bien plus heureux que la fin du roman d’Hemingway. Alors que nous sommes à Vallorbe, dernière ville suisse avant la frontière, à dépenser nos ultimes francs suisses en chocolat Rayon, le téléphone sonne. C’est le beau-frère d’Hélène qui nous appelle pour nous annoncer la naissance du petit Thomas, notre deuxième neveu. Il est né dans la matinée et tout le monde va bien.

C’est sur cette note légère et optimiste que se termine notre traversée express de la Suisse en van ! Rétrospectivement, on se dit que la Suisse méritait mieux qu’un bref passage comme ça et on espère avoir l’occasion de la découvrir plus en détails en s’organisant un peu mieux une prochaine fois.

C’est aussi là que prend fin notre Hemingway Summer tour, une aventure incroyablement riche en émotions, en découvertes et en rencontres !

Alors, suivre un roman comme guide de voyage, ça vaut le coup ? A 100 % oui ! C’est une façon de voyager totalement différente de d’habitude. Quelqu’un a déjà choisi l’itinéraire pour vous, et vous n’avez qu’à retrouver les étapes et ouvrir grand les yeux. C’est comme un jeu de pistes, il y a un plaisir enfantin dans ce genre de quête. Il faut aussi pas mal d’imagination et un zeste d’obstination… Si vous vous reconnaissez là-dedans, on ne peut que vous inviter à vous lancer dans ce genre d’aventure ! Vous ne le regretterez pas, on promet.

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14 réflexions sur “Une traversée express de la Suisse en van

  1. Je n’ai lu aucun livre d’Ella Maillart, honte sur moi !! Mais votre fabuleuse virée en Suisse, et plus précisément à Chandoline, me donne furieusement envie de la lire ! Ça prend toujours plus de force lorsqu’on découvre un lieu dont on a lu des aventures… Les photos sont magnifiques, et super le mélange entre récit et citations de l’auteur qui vous a inspiré ce trajet !! Je suis transportée. L’insola cuite, boire manger et traîner, j’aime beaucoup cette philosophie de vie et je te reconnais bien là (oui, là, je sais qui a écrit ces lignes !) ! La Suisse me tente beaucoup, j’ai en effet entendu dire que c’était ultra cher, pourtant je suis allée en Norvège et sur les iles féroé, mais ça a l’air plus difficile encore de trouver des bons plans… A voir ! Merci pour ce superbe article !

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    1. Merci chère Lykorne ! Oui, il faut lire Ella Maillart, surtout quand on est blogueuse voyage ! Sa décontraction et ses aventures sont tellement inspirantes. Quant à la Suisse, je pense qu’en s’organisant un peu mieux on peut trouver des bons plans. Là on était vraiment à l’arrache ! Merci pour ton commentaire 😘

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  2. Je suis allée à Chandolin l’hiver dernier et j’avais adoré l’authenticité du Val d’Anniviers, mais je ne connaissais pas Ella, je retiens précieusement. La Suisse est très chère, hélas, mais si belle ! Merci pour ces aventures inspirantes, toujours un plaisir de vous lire.

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  3. Je ne connaissais pas Ella Maillart, mais tu m’as complètement convaincu de découvrir son œuvre. En tout cas, je suis archi fan du concept Hemingway Summer Tour, c’est hyper inspirant ! J’ai toujours eu envie de faire une chose semblable mais je n’ai pas encore trouvé le livre qui me dise « vas-y, c’est moi, je suis le bon, suis-moiiiii ». Mais au vu de votre expérience, je vais me remettre à chercher… peut-être un livre d’Ella Maillart ^^
    À bientôt sur Pantin 🙂
    PS : j’adore la première citation. Oscar Wilde a dit un truc un peu semblable « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ». Du coup, je cède, tout simplement 🙂

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    1. Merci Alexis pour ton commentaire ! Oui, je te souhaite de trouver un livre qui te donne envie de partir sur ses traces. Après, tu gardes un lien très spécial avec ce livre, une forme d’intimité. Et puis ça te garantit des aventures inattendues loin des sentiers battus ! Oui à bientôt on espère 😃

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