De Kanal à Montfalcone : slip fluo contre culotte de peau

P1170252Après avoir récupéré le van et nos forces à Tolmin, nous avons trainé deux jours à Kanal, un petit village au bord de la rivière Soča. Deux jours de plage et de baignade, deux jours sans site historique de la Première Guerre mondiale. Un peu de repos, cela ne fait pas de mal ! Ce roadtrip sur les traces du roman d’Hemingway L’Adieu aux armes n’est pas de tout repos, d’autant que les températures ne cessent de monter.

Nous arrivons dans la zone critique autour de Gorizia où se passent plusieurs épisodes de L’Adieu aux armes, qui raconte l’histoire d’un jeune ambulancier américain sur le front italien de la Première Guerre mondiale.

De Gorizia, ville frontière, nous irons jusqu’à la côte Adriatique où se jette la rivière que nous suivons depuis Kobarid. Mais cela ne fera pas sans quelques… rebondissements.

« Nous nous établîmes à Gorizia, dans une maison qui avait une fontaine, beaucoup d’arbres touffus dans un jardin ceint de murs, et une glycine mauve sur le côté de la maison. On se battait alors dans les montagnes voisines, à une distance de moins d’un mille. »

(Toutes les citations de l’article sont issues de L’Adieu aux armes d’Ernest Hemingway)

Si Hemingway lui-même n’est jamais venu jusqu’à Gorizia, il retrace avec une grande véracité les épisodes qui s’y sont déroulés. Son héros, Frederic Henry, s’y trouve basé. C’est la ville de l’arrière, mais aussi la ville de l’amour puisqu’il y rencontre l’infirmière écossaise dont il tombe amoureux. Gorizia est donc un passage obligé pour nous.

P1170315Avant d’y arriver, nous montons depuis Kanal, qui est au bord de la rivière, sur le plateau du Banjšice (ou Bainsizza en italien). Après une route étroite qui serpente dans la forêt depuis la vallée, nous arrivons sur un plateau de prés et de pâturages qui chauffent sous le cagnard. Il fait chaud. Très chaud. Vraiment très chaud.

Nous nous arrêtons dans le hameau de Bate pour voir un très petit vestige de cimetière austro-hongrois de la Première Guerre mondiale. Avec la végétation d’aujourd’hui, on ne se rend pas compte combien ce plateau est rocailleux. En regardant de plus près, on voit que les racines des arbres poussent entre des rochers blancs escarpés. On imagine alors la dureté des combats sur ce plateau nu, bombardé, en hiver.

« La forêt de chênes, sur la montagne derrière la ville, avait disparu. La forêt avait été verte pendant l’été, lors de notre entrée dans la ville, mais maintenant il n’y avait plus que des moignons, des troncs brisés, un sol défoncé. »

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Culotte de peau

Gorizia n’est qu’à quelques kilomètres. C’est une de ces villes frontières intrigantes, à cheval entre l’Italie et la Slovénie (où la ville s’appelle Nova Gorica). Après plusieurs jours de canicule, nous rêvions d’une nuit à l’hôtel. Oui, l’hôtel, vous savez, cette chose avec un lit et un toit ! Manque de chance, l’auberge que nous avions en tête n’accepte pas les chiens. Et il n’y a pas des tonnes d’options dans cet étrange endroit. C’est donc reparti pour une nuit sur un parking en pleine chaleur.

Que dire de Gorizia ? Nous avons traversé la partie slovène rapidement et en van. Ça nous a semblé plutôt résidentiel, à l’exception des casinos qui fleurissent (ils sont interdits du côté italien).

Côté italien justement, la ville a un certain charme suranné, mais les contacts humains sont limités puisque les rues sont vides. C’est une ville étudiante, alors forcément l’été c’est morne plaine. Cela dit, Hemingway décrit dans L’Adieu aux armes l’arrivée de son héros dans Gorizia désertée suite à la bataille de Caporetto. Nous sommes donc dans le thème !

Nous retrouvons quand même les Spritz avec bonheur et un diner dans un super petit resto nous met de bonne humeur.

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Jusqu’ici, tout va bien.

« Il pleuvait sans arrêt et l’armée du Bainsizza quitta le plateau sous la pluie d’octobre, et traversa la rivière, là où avaient commencé les grandes victoires, au printemps de cette même année. Nous arrivâmes à Gorizia le lendemain, dans l’après-midi. La pluie avait cessé et la ville était presque vide. »

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Les charmes de la #vanlife…

Mais une nuit dans une étuve à 40 degrés ruine cette joie de vivre. Nous errons comme des zombies dès l’aube à la recherche d’une fraicheur qui n’arrive pas. De jour, la ville parait encore plus décatie. Beaucoup de gens semblent errer sans but. Des migrants dorment dans le parc du château au-dessus de la ville ou font sécher leur linge sur les parkings où l’eau est disponible.

Il y a énormément de boutiques condamnées (dont une particulièrement étrange consacrée aux costumes tyroliens). Le bâtiment qui marque la frontière entre les deux pays, la Casa Rossa, surnage comme un fantôme au milieu d’un gigantesque parking qui fait un trou dans le cœur de cette double ville.

Sans être slovène ou italien, c’est difficile de comprendre cette drôle d’ambiance. Nous avons déjà constaté que les relations entre Italiens et Slovènes sont marquées par une histoire complexe et un ressentiment très fort. Officiellement, tout va bien. Gorizia et Nova Gorica sont considérées comme une vitrine de l’Europe où les peuples vivent ensemble dans l’harmonie. En réalité, cela semble un peu différent. On se dirait dans un bout du monde oublié de tous. Et de fait, qui a entendu parler de Gorizia ?

De toute façon avec cette chaleur, n’importe quelle ville nous paraitrait inhospitalière. Il est temps de rejoindre des contrées moins brûlantes.

La mer nous tente, mais nous avons peur que ça soit bondé. Nous repérons sur la carte une petite tâche bleue qui semble être un lac à quelques kilomètres. Un lac, super ! Les souvenirs de l’eau fraiche de la Soca se rappellent à nous.

Tu parles. L’endroit aurait sûrement été charmant si nous avions trouvé l’eau, mais ça n’est jamais arrivé. Le parking était là, les panneaux aussi, mais de lac point. Même en l’ayant cherché trois quarts d’heure sous un soleil de plomb.

Nous voilà dans une fournaise hostile, entourées d’herbes sèches prêtes à s’enflammer pour rien. Il fait près de 40 degrés. Là aussi, sur ce plateau du Carso, des combats ont eu lieu pendant la Première Guerre mondiale.

Nous savons reconnaître un mauvais plan quand nous sommes dedans. Fini les conneries, en route pour la mer.

« Nous avancions sur le Carso, mais dans le bas, près de la mer, il y avait des marais et des tourbières. »

Slip fluo

Direction Monfalcone et sa station balnéaire de Marina Julia. Je crois que ça a été les plus longs kilomètres de toute ma vie. Le moteur du van chauffe à bloc. Paule-Elise a les yeux rivés sur la jauge de température tandis que la semelle de sa basket commence à fondre sur la pédale de droite près du moteur (j’exagère à peine). Je me jure que l’année prochaine, ça sera roadtrip en Arctique ou rien. Je m’attends à chaque instant à ce que le moteur décède dans un geyser de pistons et d’huile bouillante. Quinze kilomètre en enfer.

« La guerre ne se gagne pas par la victoire. A quoi ça nous avancerait-il de prendre le Carso et Monfalcone et Trieste ? Ça nous ferait une belle jambe ! »

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La beauté des stations balnéaires…

Nous finissons par arriver à Marina Julia, et le choc après la douceur de la vallée de la Soča est cruel. Nous voilà sur un bloc de béton brut posé au milieu de rien, sonnées par une eurodisco tonitruante. Mais pas question pour nous de faire les difficiles.

Plus mortes que vives, nous nous précipitons dans le premier café venu. Deux heures à l’ombre à boire de l’eau glacée. Nous guettons le ciel bleu en rêvant que la température baisse, naïves que nous sommes, mais cela n’arrivera pas de sitôt.

Après cette réhydratation intensive, nous nous dirigeons vers la plage. Mais la chaleur doit me faire délirer parce que j’ai l’impression de remonter le temps. Du lycra, du bronzage toasté, des bikinis moulants et de l’aérobic sous trente-cinq degrés. Les années 80 se sont emparées de l’âme des lieux. Un sauveteur bodybuildé nous interdit l’accès à la plage à cause de Ruby. Un autre éphèbe aux muscles saillants nous félicite au contraire pour notre chien en nous montrant le portrait de sa défunte pitbull Angela qu’il a tatouée sur son biceps. S’il vous plait, réveillez-moi !

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De l’eau ! De l’ombre !

Nous trouvons finalement un coin de plage non surveillé pour nous baigner. L’eau a la température de la pisse chaude d’enfant et la consistance de l’huile dans une friteuse. Paule-Elise voit un poisson géant jaillir près d’elle. Au bout de la plage, une réserve ornithologique abrite des oiseaux qu’on envie, au calme sur leur berge sans humain. La présence d’un peu de nature dans tout ce chaos nous réconforte légèrement. Nous échouons dans un bar de surfeurs façon Brice de Nice – parce que cette côte n’a jamais dû connaître la moindre vague.

P1170328Il y a cent ans, des gens se sont battus ici, pour cet endroit, pour que triomphe le slip fluo sur la culotte de peau. Un jour comme aujourd’hui, tout cela nous laisse perplexe. Assommées.

Emplies de bière tiède, la peau salée, nous fraudons subrepticement dans un camping géant à côté de la plage pour profiter de leurs douches, toujours sous des flots de musique tonitruante. Sourdes mais propres, nous rentrons au van pour nous rendre compte que la serrure a été forcée pendant notre absence. Coup de stress. Quand on dit que cette journée était pourrie, on ne ment pas ! Heureusement, rien n’a été volé. L’odeur du linge sale a dû faire fuir les mecs illico. Nous ne sommes pas très rassurées de passer la nuit là, mais nous sommes trop fatiguées pour repartir.

La nuit sera blanche, avec l’impression d’être dans le van comme du popcorn dans un micro-ondes. On maudit Hemingway, ce guide de voyages qui se fout de notre gueule. Le soleil se lève. On n’a pas dormi. On pue et on est au bord de la crise de nerfs.

Est-ce que nous allons survivre à cette aventure ? La suite au prochain épisode du Hemingway Summer Tour : Avec Hemingway en Vénétie.

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Ruby a souffert aussi, mais elle a été adorable et courageuse

15 réflexions sur “De Kanal à Montfalcone : slip fluo contre culotte de peau

  1. Super cette chronique, on se croirait dans l’étuve avec vous ! Quel choc après la Slovénie bucolique… Tu m’as achevée avec la pisse chaude d’enfant !! 😀 J’espère que la fin du séjour aura été plus fraîche…

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  2. Dur dur de recharger les batteries par temps de canicule ! Des articles toujours aussi plaisants à lire, malgré les galères du jour. J’imagine l’atmosphère étrange de cette ville frontière, où slovènes et italiens se regardent en chiens de faïence.

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    1. Merci pour ton commentaire. Ah oui, c’était une ambiance particulière, mais après tout les voyages c’est ça aussi, accepter que tout n’est pas parfait ni joli ni agréable… (Mais sur le coup on avait juste envie de mourir !!!)

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  3. J’aime tellement votre façon de raconter. J’ai envie de dire que ça donne envie de voyager avec vous, mais en fait je suis pas sûre parce qu’il ne vous arrive que d’horribles galères incluant mort imminente, sudation intense et vertige extrême. Mais ça donne envie de vous suivre virtuellement en tout cas 😛 Des bisous à vous deux et à la jolie compagne à 4 pattes.

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    1. Merci Alexandra pour ton commentaire ! Oui, c’est vrai que ce voyage était particulièrement épique et éprouvant ! Mais les galères font de bonnes histoires à raconter, c’est bien connu ! Gros bisous

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  4. Mon dieu j’imagine le total look 80′ sous une canicule. On se demande ce qui est pire entre les deux. J’adore vos voyages et vos périples même vos plans galère.

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