Tolmin, ses garages, ses cimetières militaires

Allez, on reprend la route du Hemingway Summer Tour ? On est toujours en Slovénie dans la superbe vallée de la Soca. Une rivière émeraude qui délimitait pendant la Première Guerre les territoires italiens d’un côté et austro-hongrois de l’autre – les historiens parlent du front de l’Isonzo (le nom italien de la Soca). Alors si vous vous souvenez bien, on vous a laissés dans le précédent épisode au pied de la montagne du Kolovrat après une belle frayeur dans la descente… Freins fumants et cœur battant, nous arrivions le soir chez Patrick, blogueur français et ardent défenseur de ce coin de la Slovénie. Il vit dans les environs de Tolmin, une jolie bourgade près de la Soca.

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Il nous laisse nous installer en bas de chez lui et profiter des infrastructures, ce qu’on apprécie toujours quand on voyage en van (ah, lave-linge, douche, toilettes, quel luxe!!). Le lendemain, on l’entraine dans une virée  pour faire la tournée des garages et des cimetières militaires ! Et oui, accueillir les deux dames en van, c’est toujours plein de surprises ! Comme on a eu sacrément peur avec le van la veille, on préfère l’emmener au garage même si tout a l’air de bien aller. Franchement, on est prêtes à payer pour qu’ils changent n’importe quoi, histoire d’être rassurées. Mais c’est le mois d’août, beaucoup de garages sont fermés et il nous faudra en faire trois avant d’en trouver un d’ouvert. Tournée des garages : check. On laisse le van pour la journée et Patrick se retrouve avec deux blogueuses et un chien sur les bras ! Il nous embarque dans sa voiture et nous emmène voir des cimetières militaires austro-hongrois… rien ne saurait nous faire plus plaisir !!

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Dans les environs de Tolmin, on voit de nombreuses traces du front de l’Isonzo. Patrick nous raconte qu’il tombe fréquemment sur des douilles d’obus datant de la Première Guerre quand il va couper du bois au-dessus de chez lui. Son père nous a montré la veille une lame de baïonnette qu’il a trouvée dans la forêt.

A Most na Soci (qui signifie le Pont sur la Soca), un village des environs, des objets de cette époque ornent les jardins de quelques maisons et des abris gardent les traces des combattants.

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Et les champs paisibles qui frémissent dans la chaleur de l’été, au pied des montagnes, s’ouvrent ici et là sur des cimetières austro-hongrois aux modestes pierres tombales et aux croix de métal. Sur des monuments surmontés d’aigles impériaux, on lit de l’allemand, du hongrois et du slovène. Des rubans et drapeaux commémoratifs récents portent les couleurs de la Hongrie.  Tournée des cimetières militaires : check.

Il fait une chaleur écrasante, entre 35 et 38 degrés, et on ne peut rester plus de quelques minutes en plein soleil.  La pauvre Ruby tire la langue et profite des maigres ombres des monuments. En fait, la plupart de cette journée, nous l’avons passée à boire du panaché au frais – c’était impossible de faire réellement autre chose ! Ça nous a permis de mieux faire connaissance avec Patrick, dont l’histoire familiale porte les marques de la grande Histoire : une grand-mère slovène originaire de la région minière d’Idrija et un grand-père italien partis s’installer en Moselle… autre région minière et touchée par l’histoire, et où nous avons trainé l’an dernier. Avec les aller-retours qu’il a faits entre la France et les Balkans, Patrick a une perspective sur l’histoire du vingtième siècle bien plus nuancée que celle que nous pouvons avoir parfois, nous qui avons grandi d’un seul côté du rideau de fer à une époque où tous les méchants des films parlaient des langues slaves. Nous discutons aussi de la relation complexe qui existe entre la Slovénie et l’Italie, une relation encore douloureuse d’oppression et de rejet mutuels.

Patrick partage volontiers l’amour de ce pays, et nous apprenons beaucoup avec lui. Il nous parle de la langue slovène, vrai objet de fierté nationale malgré sa difficulté notoire (sept déclinaisons, trois cas, un rêve de linguiste !) qui la rend particulièrement dure à apprendre pour les étrangers. Savez-vous qu’il n’existe pas d’insulte en langue slovène ? Le pire qu’on puisse dire, c’est : « Va m’écrire ! » Et là, attention, c’est chaud. Ça colle plutôt bien avec ce qu’on a perçu jusqu’à maintenant des Slovènes : très sympas mais discrets, chaleureux mais calmes, à l’image de ces villages aux belles maisons de bois toujours très bien fleuries. Patrick, lui, n’a pas appris le slovène dans sa famille mais il a décidé de revenir aux sources et de s’installer depuis dix ans dans ce pays où il passait ses vacances quand il était petit (et qui s’appelait alors la Yougoslavie). Par contre, il cuisine slovène !! On n’a pas eu le temps d’en profiter, mais la prochaine fois, hein Patrick ??

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En fin de journée, nous récupérons le van, qui a l’air de bien se porter. Il est temps de refermer cette agréable parenthèse à Tolmin. Sans Patrick, nous serions probablement passées à côté de plein d’aspects de ce pays attachant à l’histoire mouvementée. La route nous attend, nous poursuivrons la vallée de la Soca vers le sud pour plonger dans les lieux où se passe le roman d’Hemingway L’Adieu aux armes. (Mais plus jamais dans les montagnes, en tout cas).

On remercie encore Patrick d’avoir pris le temps de nous balader et d’avoir partagé avec nous un peu de sa Slovénie 😉

 


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