D’Arras à Amiens par la Véloroute de la Mémoire

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai profité des confinements pour me remettre au vélo. J’ai craqué pour un petit vélo de route, surnommé Jojo, et j’ai commencé à me balader avec de plus en plus souvent. A force de rouler et de voir les ami.e.s partir en biketrip, ça m’a donné envie de faire moi aussi un périple à vélo sur plusieurs jours.

J’ai jeté mon dévolu sur un itinéraire pas très connu qui semblait accessible pour une débutante et qui rassemblait plusieurs de mes centres d’intérêt : les Hauts-de-France, les lieux de mémoire, l’architecture Art Déco, les frites et les belles rencontres. Début août, je suis donc partie quatre jours sur la Véloroute de la Mémoire (V32), entre Arras et Amiens, en partenariat avec Somme Tourisme. C’est un itinéraire d’environ 90-100 km, avec quelques rallonges possibles, sans difficultés techniques particulières, accessible à tout type de vélo. Hélène n’étant pas très motivée pour pédaler avec moi, c’est donc en solo que j’ai tenté l’expérience !

J’ai beaucoup aimé redécouvrir à un autre rythme ce coin que je connaissais déjà un peu. Allez, je vous raconte tout cela étape par étape.

Arras et la carrière Wellington

Partie de gare du Nord et après un changement à Amiens, je débarque du TER Hauts-de-France à Arras, une ville que j’aime pour ses grandes places à l’architecture néo-flamande qui sont idéales pour boire un verre. J’y suis venue plusieurs fois, mais je n’ai jamais eu l’occasion de visiter la carrière Wellington, qui est pourtant un lieu incontournable du tourisme de mémoire lié à la Première Guerre mondiale. Il est temps de remédier à cette lacune.

La visite de la carrière Wellington, qui était utilisée depuis le Moyen-Age pour l’extraction de la pierre, se fait avec un.e guide. Plusieurs multimédias ponctuent la visite, mais le parcours que j’ai vu changera prochainement. Quoi qu’il en soit, le lieu est chargé d’une histoire à hauteur d’hommes, où l’on raconte la vie quotidienne des 24 000 soldats britanniques qui se sont abrités là avant la bataille d’Arras en avril 1917.

La carrière doit son nom à la compagnie des tunneliers néo-zélandais, qui a fait un travail logistique énorme pour aménager les carrières et les relier entre elles. Je préfère toujours les lieux qui sont centrés sur la vie des soldats plutôt que sur les faits militaires et guerriers. Je vous conseille donc cette visite, d’autant plus que le lieu est impressionnant et émouvant puisqu’il reste sur les parois des témoignages du passage des soldats. C’est une excellente introduction. 

Le soir, je retrouve Mathilde pour faire ce qui doit être fait : boire une bière sur la place des Héros. Mathilde me fait aussi découvrir une adresse plutôt sauvage pour les amoureux.ses de la frite : Capone, rue de la Taillerie. On y sert des « frites de luxe » avec des toppings, ça ressemble un peu à de la poutine. Largement validé (et les portions sont énormes, vous êtes prévenu.e) !

Où dormir à Arras ?

J’ai été hébergée en appart-hôtel à Places Appart, rue des Dominicains, un lieu hyper bien situé et très cosy dans une maison de ville en briques (cœur cœur). J’avais une chambre au dernier étage avec vue sur les pignons de la place des Héros et les toits environnants. J’ai beaucoup aimé le calme de la chambre, la déco ainsi que les petites attentions : des macarons qui m’attendaient (et que j’ai grignotés entre des averses le lendemain) et un panier de petit-déjeuner très bien garni. Le coin cuisine est bien équipé, c’est agréable de pouvoir se faire un thé ou un café à tout moment de la journée. Petit plus : j’ai pu laisser mon vélo dans une courette intérieure. Une belle adresse.

Première étape de la V32 : Arras-Gueudecourt

Et après le réconfort… et bien, l’effort ! Il est temps de pédaler mollets au vent. La Véloroute de la Mémoire alterne entre routes départementales et voies vertes. Durant les deux premières journées, j’ai fait quelques écarts par rapport à l’itinéraire pour visiter certains sites ou aller à ma chambre d’hôtes. Dans tous les cas, je n’ai jamais eu peur sur les départementales, qui restent assez peu fréquentées. Par contre, il vaut mieux vous ravitailler avant de partir, car il n’y a pas beaucoup d’options de restauration sur cette partie du parcours.

Cette première étape était la plus longue (une quarantaine de kilomètres) et j’ai pris mon temps, parfois forcée de faire des pauses entre les averses. Moi qui avais peur de la canicule en faisant du vélo début août, j’ai fini par recenser les bons endroits où s’abriter pendant la pluie : un sous-bois, un abribus, un porche d’église… On prend son mal en patience et on reprend des forces.  

Après Arras, il faut faire une dizaine de kilomètres pour rejoindre une portion de voie verte. On est en plein territoire agricole, entre les champs et quelques élevages. Dès les premiers kilomètres, j’aime la liberté que donne le vélo, j’aime ce rythme où l’on profite des paysages sans s’ennuyer. Je traverse les villages aux grandes fermes de briques. Je pique-nique près d’une aire de jeux. A mesure que j’avance vers Gueudecourt, les panneaux indiquant les cimetières du Commonwealth se font plus fréquents. J’arrive dans cette campagne pas comme les autres, qui est ponctuée de lieux de mémoire liés au Royaume-Uni, mais aussi à la Nouvelle-Zélande, au Canada, à l’Australie ou à l’Afrique du Sud. Aujourd’hui encore, ces cimetières sont entretenus par la Commonwealth War Graves Commission.

J’arrive à Gueudecourt dans l’après-midi, plutôt contente d’avoir fait cette distance sans trop de difficulté. Gueudecourt n’est pas sur la Véloroute de la Mémoire, mais vous ne regretterez pas le détour si vous vous arrêtez pour la nuit au Clos du Clocher.

Ce super endroit est la propriété de Philippe et Sylvie, qui y ont aménagé plusieurs chambres d’hôtes au fil des années. J’ai eu la chance de dormir dans un îlot en bois construit dans le jardin, un vrai havre de paix. Mes hôtes sont du Pas-de-Calais voisin et travaillaient tous les deux dans la restauration avant d’ouvrir leur gîte. Immersion dans la Somme oblige, ils se sont pris de passion pour le tourisme de mémoire et font maintenant partie du réseau Somme Battlefields Partner, comme d’ailleurs tous les autres hébergements de ce séjour.

Philippe et Sylvie, ainsi que plusieurs autres personnes que j’ai rencontrées pendant ce voyage, me disent que les Français visitent peu les lieux de mémoire de la Somme – sans doute parce que pour nous, la Première Guerre, c’est Verdun. Ici, le tourisme de mémoire est habituellement porté par la clientèle du Commonwealth puisque ce sont principalement les troupes de ces pays qui se sont battues là en 1916. Depuis un an et demi, le secteur est – logiquement et tristement – très impacté par le Covid.

Pourtant, ces lieux permettent de se rendre compte de la dimension vraiment mondiale du conflit. On ressent une grande émotion quand on visite des sites importants de la mémoire australienne ou terre-neuvienne, par exemple, qui sont aussi des lieux importants de notre mémoire. C’est frappant de se dire que des noms comme Pozières, Thiepval ou Beaumont-Hamel sont connus à l’autre bout du monde.

Et puis, il y a une raison pour laquelle nous revenons toujours dans les Hauts-de-France : le partage, les échanges, la convivialité. Le tourisme de mémoire est parfois éprouvant, alors c’est important de pouvoir se remonter le moral après les visites. Ici, vous trouverez toujours un accueil d’une grande qualité. Et les meilleures frites, cela va sans dire.

En fin d’après-midi, Philippe et Sylvie m’emmènent en balade en City-Coco, de drôles de scooters électriques. Je ne suis pas mécontente de changer de monture ! C’est parti pour une virée sur les petites routes à la découverte des lieux de mémoire des environs. Nous saluons d’abord le caribou de Gueudecourt, qui rend hommage aux soldats terre-neuviens.

A Longueval, il y a plusieurs monuments en hommage aux soldats néo-zélandais et indiens. Nous allons ensuite à Delville Wood, lieu de mémoire sud-africain, qui m’a beaucoup marquée. Le petit musée est déjà fermé quand nous arrivons, mais nous déambulons dans un bois planté de chênes venant d’Afrique du Sud. L’atmosphère est recueillie, solennelle. Les inscriptions du monument sont écrites en anglais et en afrikaner.

En 2016, à l’occasion du Centenaire de la bataille de la Somme, un Mur du souvenir a été érigé avec les noms de tous les soldats sud-africains morts au combat, sans aucune distinction de couleur de peau. Il faut préciser que dans les années 1920, les soldats sud-africains noirs n’étaient pas enterrés avec leurs compatriotes blancs. Le mémorial rend aussi hommage aux travailleurs sud-africains noirs qui ont été employés à des tâches logistiques (souvent très dures) pendant le conflit.

Derrière le mémorial, un arbre est isolé et protégé : il s’agit d’un charme qui a justement survécu aux combats et aux bombardements. Un arbre témoin. C’est simple et très émouvant, car cela nous rappelle que nos conflits n’ont pas seulement un impact terrible sur les humain.e.s et qu’ils ont aussi un impact très fort sur l’environnement et la nature. 

Philippe et Sylvie ponctuent la visite d’anecdotes et le temps passe vite avec eux. A Gueudecourt, ils ont participé à la création d’un petit mémorial situé juste à côté de la mairie. Cela s’est fait après qu’un descendant de soldat australien mort dans les environs a voulu donner de l’argent à la commune. Le descendant en question vit en Australie et vient normalement chaque année à Gueudecourt. C’est aussi ça, le tourisme de mémoire : des liens qui se créent aujourd’hui encore à travers le monde.

Il est temps pour moi de profiter de l’espace bien-être du Clos du Clocher : un jacuzzi pour moi toute seule, avec vue sur le jardin. De quoi détendre le corps et l’esprit dans un cadre idyllique ! Un vrai bonheur après cette journée riche en émotions. Philippe et Sylvie font aussi table d’hôtes et il est possible de diner sur place, ce que j’ai fait. Le diner et le petit-déjeuner étaient délicieux, très frais. Est-il besoin de préciser que je vous recommande vraiment de faire une halte à Gueudecourt ?  

Deuxième étape de la V32 : Gueudecourt-Albert

Au réveil, la température est fraiche et j’enfile mon legging avant d’enfourcher mon vélo. L’étape du jour est plus courte que la veille et prévoit quelques arrêts intéressants. Je quitte un peu à regret mes hôtes et m’élance vaillamment quand, au bout de 10 minutes, le ciel se lève pour de vrai. Du bon ciel bleu arrive, avec du soleil qui tape. Me voilà bien avec mon legging ! Je crève de chaud.

J’ai envie de me changer, mais je ne sais pas où m’arrêter. Finalement, je pose mon vélo dans un champ et défais mon paquetage pour attraper un cuissard (pourquoi je les ai mis tout au fond du sac, allez savoir). Si l’univers des cuissards vous est familier, vous savez que cela se porte sans rien en-dessous et vous aurez donc compris que je me suis retrouvée cul nu dans un champ. Adieu, dignité chérie ! Je range le legging et le coupe-vent, refais le paquetage et suis prête à attaquer ma journée pour de bon.

Je prends à nouveau des petites départementales jusqu’à Fricourt, où se trouve un grand cimetière allemand. Ce sont des lieux plutôt austères en comparaison des cimetières du Commonwealth qui sont toujours fleuris. Dans les cimetières allemands, il y a des chênes et des croix noires très sobres. Ici, chaque croix porte quatre noms. A Fricourt, plus de 17 000 soldats sont enterrés, dont un tiers environ n’a pas pu être identifié. C’est important de ne pas oublier ces hommes-là, qui ont tout autant subi la guerre que leurs ennemis français ou britanniques.

Je me dirige ensuite vers Pozières. A partir de là et pour le reste de la journée, la route monte et descend davantage. Bizarrement, je trouve toujours les descentes un peu courtes et les montées un peu longues. J’arrive sur le plus grand plateau de mon vélo, mais je tiens bon et ne pose pas pied. Je me contente de jurer ou d’encourager le vélo selon l’humeur. « Allez Jojo, on y est presque, on s’accroche ! » Heureusement qu’il n’y a pas grand monde aux alentours pour entendre mes élucubrations…

Pozières est traversé par une route très passante qui n’est pas très vélo friendly, mais qui permet d’accéder à un autre lieu marquant : le Windmill Memorial. Si le nom de Pozières est connu en Australie, c’est parce que c’est ici que le plus grand nombre de soldats australiens sont tombés durant la Grande Guerre. C’est donc un lieu de commémoration important.

Les soldats australiens qui ont combattu pendant ce conflit étaient tous volontaires. Il y a eu un débat virulent en Australie sur la conscription dans les années 1916-1917, mais les deux référendums qui ont eu lieu à cette époque ont abouti à un non. Aujourd’hui, on peut s’interroger sur les motivations de ces hommes et de ces femmes (des infirmières) qui se sont engagés à combattre ou à soigner si loin de chez eux. Outre le patriotisme, l’effet d’entrainement et l’attrait pour le voyage ou l’aventure, la paie a constitué une motivation non négligeable dans un contexte où l’Australie traversait une grande crise économique.

Derrière le mémorial de Windmill se trouve un autre mémorial. Il est un peu de bric et de broc, moins solennel. On y voit une statue de cheval, une autre de chien. C’est le mémorial aux animaux victimes de la guerre, le seul du genre qui existe en Europe. Tout autour du site, des petites croix blanches sont plantées dans le sol parmi les herbes hautes.

Je rejoins finalement le parcours de la Véloroute de la Mémoire à Thiepval. Située en haut d’une colline, l’arche de briques du mémorial de Thiepval se remarque à des kilomètres à la ronde. C’est l’un des plus importants mémoriaux britanniques au monde. Je le connaissais déjà et je ne m’y suis pas arrêtée cette fois-ci, mais je vous conseille de prendre le temps de le visiter. Au centre d’interprétation, j’aime beaucoup la grande fresque du dessinateur Joe Sacco, qui retrace le premier jour de la bataille de la Somme – ce 1er juillet 1916 qui reste le jour le plus meurtrier de toute l’histoire de l’armée britannique. Non loin de Thiepval, la tour d’Ulster rend hommage aux soldats d’Irlande du Nord qui sont morts pendant la bataille.

La Véloroute de la Mémoire offre ensuite une belle descente vers Albert et rejoint la verdoyante vallée de l’Ancre. L’arrivée à Albert passe par de jolis étangs. Je suis contente d’y passer la nuit et d’avoir le temps de découvrir la ville le lendemain, car elle me réserve de bien belles surprises.

Albert : briques, Art Déco et bonnes adresses

Je vous conseille de commencer votre visite d’Albert à l’office du tourisme Pays du Coquelicot, rue Gambetta, pour admirer la salle des anciens bains municipaux. La voûte de mosaïque est une merveille Art Déco, qui abrite aujourd’hui une exposition gratuite sur l’histoire de la ville. Le tourisme de mémoire de la Première Guerre mondiale croise souvent les chemins de l’Art Déco et cela n’est pas pour me déplaire !

Ma guide pour la matinée, Flora, m’explique l’histoire de la ville, qui s’appelait en réalité Encre ou Ancre jusqu’en 1620. A cette date, le seigneur des lieux trouve qu’il est plus seyant de lui donner l’un de ses patronymes (c’est un peu mégalo, mais pourquoi pas) : Albert, donc.

Et l’un des hauts lieux d’Albert, celui que vous ne pouvez pas manquer, est la basilique Notre-Dame-de-Brebières. Qui est en briques massives (cœur cœur cœur). Je vous recommande de suivre une visite guidée de cette magnifique église néo-byzantine si vous en avez l’occasion. Vous apprendrez plein de choses, de la légende de ce lieu de pèlerinage marial à l’histoire mouvementée de la basilique pendant la Première Guerre mondiale.

Bombardée en 1915, la statue dorée de la Vierge qui orne le clocher de la basilique est touchée, mais elle ne tombe pas. Un dicton dit alors : « Quand la Vierge d’Albert tombera, la guerre finira ». La statue restera en suspens jusqu’en avril 1918. Cette histoire est bien connue à l’époque et la photo de la Vierge d’Albert en équilibre sur le clocher est même devenue une carte postale que les soldats britanniques envoyaient à leurs proches. La basilique est détruite à la fin de la guerre puis reconstruite à l’identique dans les années 1920.  

A l’intérieur, j’ai particulièrement aimé les trois statues de la sculptrice Anne-Marie Roux, dans un style épuré et moderniste. Nous avons ensuite grimpé les marches jusqu’en haut du clocher pour avoir une vue sur Albert et ses environs. La ville, toute de briques vêtue, se déploie à nos pieds. De retour au sol, je me balade entre l’hôtel de ville et la gare pour admirer les innombrables détails Art Déco qui ornent les bâtiments : balcons en fer forgé, moulures végétales, façades tronquées pour éviter les angles droits, motifs géométriques… Un vrai régal !

A Albert, ne manquez pas non plus le Musée Somme 1916. J’ai eu la chance de le visiter avec Thierry, son fondateur, qui m’a raconté les étapes de la création de ce lieu situé dans des galeries souterraines. Une appli à télécharger avant de descendre vous permettra d’en savoir plus sur les objets exposés et leur contexte. Je dirais que ce musée est très bien pour les familles, car il montre de nombreux objets d’époque et des saynètes reconstituées qui permettent de se faire une idée de la vie des soldats. Le propos est très pédagogique.

Et aussi, c’est un des seuls endroits du coin où le nom de Tolkien est évoqué (sur une série de panneaux sur les écrivains de la Grande Guerre). Je suis toujours surprise qu’on ne parle pas plus de lui étant donné qu’il a passé plusieurs mois ici en 1916 en tant qu’officier des transmissions. Tolkien a aussi perdu dans cette bataille deux amis très proches. Certes, il n’a pas écrit directement sur son expérience de la guerre, mais on dit qu’il y a puisé l’inspiration pour imaginer aussi bien les paysages terribles du Mordor que la fraternité qui unit ses héros.

Où manger à Albert ?

On m’avait recommandé le restaurant La Basilique, rue Gambetta, mais il était fermé lors de mon passage. Ce sera pour une autre fois ! Si vous voulez essayer la ficelle picarde, une crêpe gratinée à la béchamel, au jambon et au fromage, je vous conseille le café-restaurant Hygge, qui est juste en face de la basilique. Un endroit animé, sans chichi, vraiment plaisant. Pour une carte un peu plus élaborée, j’ai bien aimé le Bistrot, lui aussi en face de la basilique. Les plats du jour étaient frais et originaux et il y a une terrasse dans la cour.

Et si vous voulez ramener des souvenirs ou prendre des produits locaux pour un pique-nique, passez donc au Panier de Louise (39 rue Jeanne d’Harcourt), une jolie boutique qui propose aussi bien des fruits et légumes bio que des spécialités locales salées ou sucrées. On m’a aussi conseillé la Biscuiterie du Coquelicot. C’est un peu excentré et je n’ai pas fait le détour, par contre j’ai goûté leurs biscuits, qui sont effectivement délicieux !    

Troisième étape de la V32 : Albert – Vecquemont

Pour cette partie, je délaisse mon GPS, car je suis scrupuleusement la Véloroute de la Mémoire, qui est très bien balisée. Alors que je me prépare à quitter Albert, une grosse pluie arrive. Je patiente dans le salon de l’hôtel en espérant que ça passe. Une heure plus tard, je pars sur le bitume encore humide. Go Jojo !

La Véloroute suit plus ou moins la vallée de l’Ancre à travers de jolis villages et des champs. Je fais coucou aux vaches ou aux chevaux, m’abrite sous un hangar de tracteurs quand une nouvelle averse arrive. La météo est taquine et les montées paraissent encore plus longues sous la pluie ! Au final, le ciel se lève quand j’arrive aux environs de Corbie, où l’Ancre et la Somme se rejoignent. A partir de là, le tracé de la Véloroute de la Mémoire rejoint celui de la Véloroute de la Somme. Je n’ai pas fait d’arrêt sur cette portion entre Albert et Vecquemont, mais il y a encore ici et là des cimetières britanniques au milieu des champs.

J’arrive à Vecquemont plutôt humide et sale. Comme je n’ai pas de garde-boue sur mon vélo, c’est la sacoche de selle qui a pris de grandes trainées de boue ! Mes chaussures sont bien crades aussi et j’ai un peu honte quand je sonne à la chambre d’hôtes Casa, où Florence me réserve un accueil adorable.

Florence propose plusieurs chambres d’hôtes au premier étage de sa grande maison au calme, avec un beau jardin. Les chambres sont très douillettes et les hôtes ont accès à un grand espace commun avec une cuisine et un coin télé. On s’y sent comme à la maison ! Comme il n’y avait pas de restaurant tout proche, j’ai fait des courses à l’épicerie du village et je me suis bricolé un diner de chips et de soupe que j’ai mangé dans le canapé en regardant « Tattoo covers » à la télé, j’avoue !! 

Heureusement, le petit-déjeuner préparé par Florence était de bien meilleure qualité. Je garde un souvenir ému de la pomme cuite, inspirée d’un dessert traditionnel picard, la rabote, et des délicieuses viennoiseries. Nous papotons pendant le petit-déjeuner. Florence est passionnée par le tourisme de mémoire et par sa région. Elle a à cœur de transmettre cette passion à ses enfants – et bien sûr à ses hôtes. Sa chambre d’hôtes est idéalement située si vous faites la Véloroute de la Mémoire ou la Véloroute de la Somme. J’ai d’ailleurs pu laisser mon vélo dans le garage pour qu’il passe la nuit à l’abri. Encore une belle adresse !

Quatrième étape de la V32 : Vecquemont – Amiens

Pour cette dernière journée, je me réveille dans une brume à couper au couteau. Et oui, nous sommes en bord de rivière. La température est fraiche et je mets mon legging… que je garderai toute la journée cette fois-ci, je vous rassure ! Je rebrousse chemin sur quelques kilomètres pour revenir vers Fouilloy et prendre une petite bifurcation jusqu’au Mémorial national australien. La route est très passante sur cette bifurcation et le bas-côté a été « aménagé » pour permettre aux cyclistes de monter jusqu’au mémorial, mais ce n’est clairement pas la partie la plus agréable du trajet.

A l’entrée du Mémorial, je retrouve Cathy, directrice adjointe du Centre Sir John Monash. Ce site comprend en réalité deux lieux imbriqués : la nécropole marquant l’endroit où les troupes australiennes bloquèrent l’avancée allemande sur Amiens en 1918 et le centre d’interprétation qui se trouve juste derrière et qui est presque invisible lorsqu’on arrive. Ainsi, on expérimente d’abord le calme et le recueillement du cimetière, puis on monte en haut du monument pour avoir une vue d’ensemble des environs et on s’enfonce ensuite sous terre pour découvrir le centre Sir John Monash.

Ouvert en 2018, ce centre est incontestablement un blockbuster des lieux de mémoire. Le gouvernement australien a énormément investi pour créer ce lieu à l’architecture soignée qui est basé sur le multimédia. Un casque sur les oreilles, une appli à la main, on découvre des vidéos de reconstitution plutôt bluffantes, avec une esthétique parfois proche du gaming. Le point d’orgue est une salle fermée où le visiteur expérimente une immersion dans le combat, avec fumigènes et grosse musique à la clé. Ce n’est pas forcément ma tasse de thé, mais cela rencontre beaucoup de succès.

Personnellement, j’ai plutôt été sensible au fait que la mort ne soit pas éludée dans les vidéos et qu’elle soit montrée crûment. Les lieux de mémoire français ont souvent tendance à édulcorer cet aspect qui est pourtant essentiel. Oui, la guerre était une chose horrible au-delà des mots. Je trouve que c’est important de le montrer – en avertissant les personnes les plus sensibles évidemment. Dans un registre plus soft, j’ai bien aimé aussi les récits des parcours personnels des hommes et des femmes qui sont venus ici depuis les antipodes.

A la sortie du centre, un agréable jardin permet de se remettre de ses émotions, de se poser un peu, voire de pique-niquer.

Toujours en legging, je file cette fois vers ma destination finale : Amiens ! Cette portion de la Véloroute est la plus agréable, la plus plate et la plus facile. Elle suit le chemin de halage le long de la Somme et de ses méandres verdoyants. Il y a un petit passage où le revêtement est moins lisse, mais rien de bien méchant. Autrement, il n’y a qu’à se laisser porter tranquillement. Le corps répond bien en ce quatrième jour de pédalage, je sens que j’aurais pu prévoir des distances plus longues (mais pour une première fois, je suis contente d’avoir choisi un objectif tenable).

L’arrivée à Amiens est absolument charmante : on passe par les hortillonnages, ces jardins sur l’eau aménagés au gré des canaux. Certains sont habités, d’autres sont cultivés, il y a des petits ponts qui enjambent les bras de la rivière. Au loin, le clocher de la cathédrale et la silhouette de la tour Perret se profilent. J’y suis presque. J’arrive par le quartier Saint-Leu et ses jolies maisons avant de rejoindre la cathédrale. Voilà, je l’ai fait, mon Arras-Amiens en vélo. Je dis merci à Jojo et je file manger la pizza de la satisfaction avant une ultime visite.

Pour finir en beauté, je rejoins Sébastien, du service Ville d’Art et d’Histoire d’Amiens, pour une visite de la cathédrale sur la thématique de la Première Guerre mondiale. Sébastien est passionné par ce sujet depuis les commémorations du Centenaire et c’est un plaisir de l’écouter raconter les anecdotes qui ont marqué ce lieu sublime pendant cette terrible période. Il me montre une petite croix au sol qui signale l’endroit où un obus s’est planté ainsi que les plaques commémoratives et les drapeaux du Commonwealth. Il évoque les orgues et leur évacuation rocambolesque, les vitraux qui ont survécu à la guerre et qui ont brûlé dans un atelier du Faubourg Saint-Antoine. Il décrit les sacs de terre qui ont été utilisés pour protéger la façade et les stalles. La visite est animée, vraiment chouette. J’apprends beaucoup et c’est une excellente manière de boucler ce périple à vélo sur les lieux de mémoire de la Somme.

Dans le TER qui me ramène à Paris, je suis fatiguée, mais vraiment heureuse de cette petite aventure. Heureuse d’avoir découvert cette nouvelle façon de voyager, heureuse d’avoir fait toutes ces rencontres, d’avoir entendu toutes ces histoires – et comme toujours, émue d’avoir croisé tous ces fantômes.

Je remercie très chaleureusement Mathilde, de Somme Tourisme, pour l’organisation-Tétris de ce séjour ! Je remercie également tous les partenaires qui m’ont accueillie et qui ont partagé avec moi leur passion pour leur région.

Cet article participe également au rendez-vous interblogueur En France Aussi de ce mois de septembre sur le thème « Sur la route », choisi par Inès du blog Les Millet du 62.


15 réflexions sur “D’Arras à Amiens par la Véloroute de la Mémoire

  1. Bonjour Paule-Elise, un fort beau périple qui aura été, sans nul doute, passionnant à travers ces lieux de mémoire sur le véloroute. J’espère au printemps prochain pouvoir reprendre le vélo car cela me manque considérablement. Amicalement.

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  2. La véloroute de la mémoire était faite pour toi. Hormis la pluie, cela ressemble au voyage parfait avec un bon équilibre de sites de mémoire, bonnes adresses et belles rencontres !

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  3. Une magnifique balade à vélo ! Beaucoup de lieux de mémoire, mais j’ai tout particulièrement apprécié le mémorial aux animaux victimes de la guerre, on n’y pense pas toujours, pas eux, ont encore moins été volontaires que certains humains, ils n’avaient vraiment rien demandé. Je trouve les centres d’interprétations et mémoriaux très bien entretenus, on sent que la région en prend soin, les met en valeur. 🙂

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    1. Oui il y a eu un gros regain d’intérêt pour les lieux de mémoire avec le Centenaire de la Grande Guerre. Le défi est de continuer à faire vivre ces lieux, qui peuvent parfois entrer en concurrence entre eux tellement il y en a. Le mémorial aux animaux m’a beaucoup touchée aussi.

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  4. voilà une aventure qui était faite pour toi, comme tu le dis en introduction ^^ J’aime beaucoup le cyclotourisme même si je ne l’ai jamais fait sur plusieurs jours (ce que j’adorerais faire), tu vois les paysages différemment.
    Terminer par Amiens, c’est franchement génial, j’adore cette ville magnifique 🙂
    Il faut qu’on se voit rapidement que tu puisses me raconter tes péripéties 🙂 Bisous

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  5. Alors, je ne suis pas capable de faire ce que tu as fait 🙂 mais tout à fait capable de tester ces très jolies chambres d’hôtes que tu nous présentes! 🙂 Tu as raison, la région des hauts de France je l’aime aussi pour sa convivialité.

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  6. Quelle belle balade, si joliment racontée. Y a pas, vous (avec Hélène aussi quand même hein) êtes définitivement et intimement liées aux Hauts de France.
    Le frites de luxe me branchent bien.

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