Les grands espaces #3 : sous les arbres

Hello à tou.te.s,

J’espère que vous allez bien en cette fin de quatrième semaine de confinement… Quatre semaines, déjà. Est-ce que vous tenez bon, est-ce que vous gardez le moral ? Ce n’est pas évident, alors pour vous évader ou vous faire sourire, je continue ma série de posts sur les grands espaces (écrits depuis notre appartement de deux pièces, autant dire que c’est une démarche assez cathartique pour moi !).

Après un article tout en vert et un article tout en bleu, je cherchais une idée pour le troisième post de cette série. Quand Hélène, qui n’est jamais à court de facéties, m’a dit : « Pourquoi tu ne ferais pas le marron ? J’aime bien le marron. »

Le marron ? C’est sûrement la dernière couleur à laquelle j’aurais pensé ! Je n’étais pas vraiment inspirée, puis j’ai réalisé que le marron était la couleur de l’écorce des arbres. J’ai donc légèrement twisté le thème et je consacre ce post aux arbres extraordinaires que j’ai pu croiser pendant mes voyages, des séquoias géants de Yosemite aux arbres sacrés d’Inde et de Bretagne, avec un petit crochet par le Japon.

Les séquoias géants de Yosemite, Californie, Etats-Unis

D’habitude, je ne parle sur ce blog que de voyages que j’ai faits avec Hélène ou depuis que je la connais. Normal, c’est notre blog à toutes les deux. Mais impossible de parler des arbres sans évoquer les séquoias géants du parc national de Yosemite, en Californie. C’est un voyage que j’ai fait en 2008 avec mon ex ^^ mais Hélène ne m’en voudra pas d’en parler ici, après tout c’est elle qui a choisi ce thème !

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Visiter un grand parc national américain, c’est un rêve pour beaucoup. C’est le grand espace par excellence, la promesse d’une rencontre avec une nature démesurée, ancestrale et préservée. Yosemite se trouve dans la Sierra Nevada, à trois ou quatre heures de route de San Francisco. Le parc abrite des falaises granitiques spectaculaires, des cascades abondantes au printemps, des prairies glaciaires et toute une faune et une flore endémiques.

A Mariposa Grove, j’ai rencontré ces géants, les fameux séquoias centenaires, parfois millénaires. En anglais, ils s’appellent « Redwood » à cause de la couleur de leur écorce qui, riche en tannins, les protège du feu. (J’ai fait des recherches, hein, en vrai je suis nulle en nature). Saviez-vous qu’ils tirent leur nom scientifique d’un certain monsieur Sequoyah, qui inventa le syllabaire cherokee ?

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Au pied des séquoias géants, je me suis sentie non seulement petite, mais aussi insignifiante, vulnérable et inculte. Ce n’était pas de la dépréciation personnelle, ces sentiments étaient plutôt libérateurs en réalité. Comme si la force de ces arbres m’attirait dans une autre dimension temporelle où les humains ne sont pas grand chose. (Je savais en me lançant dans cet article que je finirai par dire des trucs new age, ne m’en voulez pas, c’est difficile de faire autrement !)

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Il n’y a pas de séquoias sur cette photo, mais c’est ma préférée de ce voyage alors c’est cadeau.

Cela fait longtemps que je vous ai pas bassinés avec mes lectures obsessionnelles du moment. Depuis le début du confinement, je me suis replongée dans un auteur américain que j’aime énormément et qui connait très bien la Sierra Nevada. Il s’appelle Gary Snyder et il a notamment inspiré son ami Jack Kerouac pour le personnage de Japhy Ryder dans Les Clochards célestes.

Dans sa poésie et ses essais, Snyder parle beaucoup de l’interaction entre l’homme et la nature. Son approche mélange la pop culture américaine, la poésie chinoise, le bouddhisme zen, les cultures amérindiennes et le « nature writing ». C’est vraiment de la lecture de hippie, mais j’adore. Je vous mets ici un petit poème de circonstance, tiré du recueil Premier chant du chaman et autres poèmes.

Racines

Retourner et creuser

La terre légère de cendres

Les manches de houe sont courts,

La course du soleil est longue

Les doigts cherchent loin dans la terre

Les racines, les tirent ; les palpent ;

Les racines sont robustes.

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Le Bodhi Tree de Sarnath, Inde

Changement d’ambiance… Nous voici maintenant en Inde, sous la chaleur, l’aridité et la poussière. C’est un voyage que j’ai fait avec ma tante en 2012. Sarnath est une petite ville où l’on peut se rendre facilement depuis Varanasi, même pour une journée. C’est l’un des quatre lieux saints du bouddhisme, là où le Bouddha aurait fait son premier sermon. Et l’on y trouve notamment un arbre sacré.

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Ce bodhi tree est protégé par une petite enceinte. Il s’agit d’un pipal (j’ai fait des recherches, je vous dis), qui est une espèce sacrée à la fois dans le bouddhisme et dans l’hindouisme. Le bodhi tree de Sarnath descend en réalité de celui de Bodhgaya, sous lequel le Bouddha aurait atteint l’illumination. De nombreuses greffes ont été faites de l’arbre de Bodhgaya, qui a donc plein de rejetons, dont celui de Sarnath.

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C’était en février, c’est pour ça qu’il n’y a pas de feuilles.

Après l’intensité de Varanasi, j’étais contente de trouver une atmosphère plus détendue à Sarnath. La ville est principalement fréquentée par des groupes de pèlerins venus de toute l’Asie qui se baladent sur les vestiges archéologiques de cette cité qui a connu une vie culturelle riche entre le 3è et le 11è siècle.

C’est assez marrant de se promener à Sarnath, car on y trouve aussi des temples plus récents construits par les grands pays bouddhistes pour accueillir leurs pèlerins. On peut ainsi se recueillir dans un temple thaïlandais, coréen ou tibétain.

J’ai trouvé ça très beau et très simple qu’un arbre soit l’objet de dévotions. Les pèlerins en font le tour, prennent quelques photos ou laissent un drapeau de prière sur ce lieu où le Bouddha restait pendant la période de la mousson et où il prêcha pour la première fois.

Même si je suis un peu fâchée avec les religions parce qu’en général elles n’aiment pas trop les femmes ni les personnes LGBT+, je suis toujours touchée par la ferveur d’autrui. Quand je suis dans un lieu de culte, je trouve que la foi des croyants est souvent communicative.

Alors il m’arrive de faire une petite prière pour les gens que j’aime ou pour exprimer simplement de la gratitude. C’est donc ce que j’ai fait au pied de cet arbre sacré aux branches et aux ramifications immenses. Il m’a inspiré confiance et je l’ai trouvé protecteur.

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Le Pavillon d’argent, Kyoto, Japon

En écrivant ce post, je me suis rendu compte que certains arbres m’ont marquée au même titre qu’un monument, un resto ou une rencontre. J’ai pensé à cet arbre du jardin du temple Ginkakuji de Kyoto, un arbre magnifique qui n’était pas l’attraction principale des lieux et qui, à ma connaissance, n’avait pas d’autre rôle que d’être un arbre. Mais quel arbre.

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Dans les temples japonais, la nature est domestiquée et répond à une mise en scène très précise et subtile. La déambulation du promeneur respecte un circuit strict et l’agencement de la nature permet d’observer des vues absolument parfaites du site.

On découvre les temples avec des perspectives idéales tracées au ciseau dans les feuillages des arbres soigneusement taillés. Pourtant, le résultat est beaucoup moins rigide que nos jardins géométriques à la française.

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Au Pavillon d’argent, on peut voir un jardin minéral et un jardin végétal d’arbres et de mousses. Les deux sont magnifiques. Au moment où nous y étions, les jardiniers étaient à l’œuvre. C’est ainsi que j’ai aperçu ces deux bottes au milieu du feuillage de mon fameux arbre. Les gestes des jardiniers étaient minutieux, millimétrés. J’ai ressenti une grande admiration pour leur travail. Ce sont des artistes, des orfèvres.

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Je clos cette étape japonaise par un haïku de Natsume Sôseki, grand écrivain de la fin du 19è siècle.

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Dans le lointain

Le campanile d’un temple »

Forêt de Brocéliande, Bretagne, France

Miroir aux fées, Tombeau de Merlin, Val sans Retour, Maison de Viviane… La forêt de Brocéliande bruisse de mythes et de légendes. C’est là que nous avons commencé l’un de nos premiers roadtrips, une exploration de la Bretagne en Clio avec une tente Quechua 2 secondes. C’était en juin 2012 et je me souviens avoir eu tellement froid la nuit ! Mais la journée que nous avons passée à Brocéliande était largement la plus ensoleillée de ce voyage.

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Nous avons arpenté le Val sans Retour, domaine de la fée Morgane. Un personnage que je n’aurais pas forcément aimé croiser lors de la balade, tant les mythes la montrent comme une fée redoutable et rancunière. Nous avons croisé cet Arbre d’Or au milieu de troncs calcinés lors d’un incendie. C’est une sculpture créée en 1991 par l’artiste François Davin afin de montrer combien la nature est précieuse et résiliente.

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Sous la surface du Miroir aux fées, où les arbres se reflètent à l’envers, nous avons cherché les fameuses habitantes des lieux, sept sœurs plutôt facétieuses elles aussi. Comme nous avons un faible pour les lieux hantés, nous avons évidemment adoré nous promener dans cette forêt en pensant à toutes les histoires celtes qui s’y sont déroulées… et s’y déroulent encore peut-être !

Lorsque j’ai lu Le Seigneur des anneaux l’été dernier, j’ai été très marquée par les passages sur les Ents. Chez Tolkien, les Ents sont les bergers des arbres, des arbres animés qui détiennent une forme de sagesse à la maître Yoda.

Mais ils sont vraiment cools et badass puisque ce sont eux qui infligent une terrible défaite au méchant Saruman. Les arbres gagnent contre le magicien traitre, l’ambitieux fabricant d’armes, le vil industriel qui a détruit la forêt. La nature maltraitée prend sa revanche sur l’humain. (Je n’en tire aucun rapprochement avec la situation que nous traversons actuellement, AUCUN).

Je termine donc cet article de hippie avec les mots de Pippin qui tente de décrire le regard de l’Ent Barbebois.

« C’était comme s’il y avait au fond un puits énorme, rempli d’une mémoire séculaire, d’une lente et longue pensée soutenue ; mais le présent étincelait à la surface : comme un chatoiement de soleil sur les feuilles extérieures d’un grand arbre, ou sur les rides d’un lac très profond. »

Et vous, où avez-vous vu les plus beaux arbres ?

Et d’ici le prochain post, prenez soin de vous et de vos proches.

 


9 réflexions sur “Les grands espaces #3 : sous les arbres

  1. Ce n’est pas vraiment en accord avec la couleur marron (quoi que ?) mais une forêt d’arbres orangés à l’automne… j’adore ! (au passage, j’aime beaucoup ce principe d’articles par couleur 😉 )

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  2. Quel beau thème ! 🙂 J’aime beaucoup les arbres, ils sont extraordinaires, ils communiquent entre eux, s’entraident, et peuvent sauver d’autres arbres !
    Je n’ai pas d’arbre particulier en mémoire, dans les parcs, j’en ai vu des beaux, dans les forêts aussi ! J’aime beaucoup ceux de la forêt de Fontainebleau, ma forêt de cœur où mes parents m’emmenaient très souvent quand j’étais petite. 🙂

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  3. Coucou! Et joyeux anniversaire de blog 🙂 De tous ces lieux, c’est bizarrement la forêt de Brocéliande qui me fait le plus rêver (même si j’irai bien voir les séquoïas à Yosemite!) Prochaine étape: les baobabs? 🙂 Je te recommande aussi le ficus macrophylla (c’est une espèce d’arbre-liane qui fait penser à un arbre de jungle!) J’en ai vu pas mal à Alicante et depuis, c’est devenu mon espèce préférée!

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  4. Mais c’est trop beau le marron. J’aime beaucoup cette couleur avec le noir et le orange. Bref cet article est bien chouette et cet arbre japonais, la vache !
    Ici de la maison nous voyons la foret de Sillé enfin une partie et même si on ne peut pas s’y rendre ça fait un bien fou de la voir. Pour le coup c’est du vert que l’on voit, mais le soir au coucher du soleil ça tourne au marron justement. Et c’est trooop beau!

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