Microaventure à la Corniche des Forts

Ce mois-ci, le RV #EnFranceAussi a pour thème la « Microaventure ». Un thème choisi par Aurélie du blog Traveling Adress et tout à fait adapté à la période que nous traversons ! Pour notre part, cela fait un moment que nous avons adhéré à ce concept, dont la philosophie est qu’il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour ressentir cette sensation magique d’aventure. D’ailleurs l’idée n’est pas neuve, je me souviens que ma mère avait dans sa bibliothèque un livre des années 1970 au titre évocateur : « L’aventure au coin de la rue ».

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L’aventure… au coin de notre rue

Depuis que nous avons le van, nous voyageons moins loin qu’avant et pourtant nous vivons des aventures incroyables, comme nous l’expliquions dans notre article « Voyager autrement, mode d’emploi ». Le RV #EnFranceAussi, créé il y a sept ans par Sylvie du Coin des voyageurs, promeut également cette vision en donnant à découvrir les coins secrets et merveilleux qui nous attendent près de chez nous.

Aujourd’hui, c’est même une nano-aventure que nous vous proposons, pour reprendre l’expression de Melissa, alias Mel loves travel, qui a fait un très bel article sur son Bruxelles de confinement. Nous allons rester dans un périmètre très restreint pour vous faire découvrir la Corniche des Forts, un lieu étonnant qui est juste derrière chez nous, à cheval sur les communes de Romainville et de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Bienvenue dans une balade où la nature et l’histoire sont entremêlées. (Et il y a un beau livre à gagner en fin d’article !)

Notre quartier porte le doux nom de Bas-Pays. Il est bordé par le canal de l’Ourcq d’un côté, notre cher canal dont nous vous avons déjà parlé ici, et par la Corniche des Forts de l’autre. Nous sommes au pied de la fameuse Corniche, et c’est pour cela, j’imagine, que le nom de Bas-Pays a été choisi.

Mais alors, qu’est-ce que c’est, la Corniche des Forts ? C’est un ensemble d’espaces verts plus ou moins domestiqués composé de plusieurs parcs (parc Barbusse à Pantin, parc de Romainville), de jardins partagés, d’une prairie (la Sapinière), d’un cimetière et de friches naturelles. Ce sont nos lieux de balade quotidiens et Vita, comme Ruby en son temps, les adore autant que nous !

P1040118P1040108En fait, toute la Corniche est constituée d’anciennes carrières de gypse et de plâtre. C’est pour cela que certaines zones sont inaccessibles et n’ont jamais été aménagées, à cause des risques d’effondrement. Cela a préservé les lieux de l’énorme pression immobilière et démographique que nous connaissons en proche banlieue… Enfin, pas complètement, car un horrible projet de base de loisirs est en cours et qu’un tiers d’une zone sanctuarisée a été rasé l’an dernier. Là où l’on voyait des petits lapins se promener sur les chemins de balade, il n’y a plus qu’une horrible palissade de métal et des bulldozers. Passons.

Si vous vous promenez sur la Corniche des Forts, vous remarquerez forcément une tour à l’allure spatiale qui surplombe le quartier, à tel point qu’elle en est devenue le symbole. Il s’agit de la tour hertzienne TDF, dont la silhouette se reconnait à des kilomètres à la ronde et qui est le point culminant du quartier. C’est un gros émetteur de télé installé dans l’enceinte du fort de Romainville, un lieu chargé d’histoire…

Le fort aux mille fantômes

Il y a des endroits dont l’apparence anodine cache des côtés sombres. Lorsque nous rentrons de vacances, nous aimons voir au loin la tour TDF. Elle nous réconforte, cela veut dire que nous sommes presque rentrées à la maison. Cependant, ce lieu abrite aussi des histoires plus tragiques.

Comme les autres bastions qui entourent la capitale, le fort de Romainville a été construit en 1848. Il devait permettre d’éviter que les Prussiens et les Autrichiens n’envahissent de nouveau la France comme en 1820. Ce qui n’empêchera pas les Prussiens de le prendre pendant la Guerre de 1870. Ils l’occupent alors pendant six mois et pillent également la ville des Lilas.

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Préservé pendant la Première Guerre mondiale, le fort de Romainville connaît ses heures les plus macabres pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pris en 1940 par les Allemands, il sert de camp d’enfermement pour les prisonniers français et étrangers. Plus de 7000 personnes, dont une majorité de femmes, y sont détenues pendant la guerre.

A partir de 1943, le fort sert de lieu de transit pour les prisonnières avant la déportation. Le fort de Romainville est moins connu que Drancy, pourtant plus de 3000 femmes y sont passées avant leur transfert vers Ravensbrück.

Le fort de Romainville sert aussi à garder les otages français capturés par l’occupant. Il conserve cette fonction jusqu’à la Libération de Paris, mais les exactions se poursuivent pendant la retraite allemande. Le 19 août 1944, onze FFI capturés dans toute la région parisienne sont amenés au fort. Ils sont gardés par l’armée Vlassov, constituée de volontaires géorgiens au service du Reich. Le lendemain, avant leur départ, ces derniers exécutent leurs prisonniers à la mitraillette.

P1040080P1040081Pendant la guerre d’Algérie, le fort de Romainville sert de caserne à la FPA, une force de police auxiliaire créée par le préfet Maurice Papon. La FPA n’est pas soumise à la hiérarchie policière et lutte contre les mouvements nationalistes nord-africains. Elle mène notamment des interrogatoires très musclés dans les caves de la Goutte d’Or.

Aujourd’hui, à l’angle de la voie de la Résistance et de la voie de la Déportation, il y a un mémorial qui rend hommage aux déportés du fort de Romainville.

Le fort de Romainville, comme son nom ne l’indique pas, est situé sur la commune des Lilas, dans le quartier de l’Avenir, à proximité de la cité Gagarine et de la rue de la Galaxie. L’avenue Lénine n’est pas loin. J’adore les toponymes du 93 et leurs relents d’utopie. En m’y promenant, je m’attache à observer la nature, car elle n’est pas absente, au contraire. Elle est discrète et désordonnée, mais entêtée.

En redescendant vers les carrières, j’admire la ténacité des orties, des ronces et du lierre. Ce n’est pas une moindre nature, selon moi. C’est notre écosystème urbain et je l’aime encore plus depuis le confinement, car c’était une vraie chance de pouvoir se balader sur ces sentiers à moins d’un kilomètre de la maison, alors que tous les parcs étaient fermés.

P1040061Evidemment, ce n’est pas vraiment « Into the wild ». La première année que nous vivions ici, nous nous sommes émerveillées de trouver des fraises des bois sur le bord de ces sentiers. Elles étaient petites, mais d’une couleur et d’une forme parfaites ! Nous sommes revenues avec un tupperware pour faire notre cueillette de néo-rurales en devenir… pour finalement découvrir en rentrant à la maison que ces petites fraises n’avaient juste aucun goût. Cruelle déception.

Toutefois, il y a des jardins partagés sur la Corniche des Forts, avec une très belle vue sur la plaine de l’Ourcq, et j’imagine que les récoltes doivent être plus savoureuses que la nôtre (je l’espère, en tout cas).

Mais ce qui fait le charme de la Corniche des Forts, c’est son atmosphère. C’est un endroit que les Parisiens ne connaissent pas et où il y a seulement les gens du quartier. Dès les beaux jours, un doux parfum de barbecue plane du vendredi soir au dimanche soir et les familles se retrouvent pour des pique-niques, des anniversaires ou de grandes balades. On entend de la musique dans plein de langues différentes, Vita peut dégoter un bâton ou un bout de côtelette, on sort l’apéro et on se dit qu’on est plutôt bien là.

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Vous pouvez découvrir la Corniche des Forts depuis les stations de métro Bobigny-Pantin-Raymond Queneau sur la ligne 5 ou Mairie des Lilas sur la ligne 11. Dirigez-vous d’abord vers le parc Henri Barbusse à Pantin, puis laissez-vous guider par votre instinct dans les autres parcs et rues avoisinantes. N’ayez pas peur de vous aventurer sur les petits chemins !

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Un beau livre sur le Mont-Blanc est à gagner grâce aux Editions du Mont-Blanc Catherine Destivelle et au rendez-vous #EnFranceAussi.

Pour participer, il suffit de commenter la publication dédiée sur la page Facebook du RV. Bonne chance !

Règlement complet ici.


27 réflexions sur “Microaventure à la Corniche des Forts

  1. Je ne connais pas du tout ce secteur, je suis une enfant du sud … enfin, je suis une val-de-marnaise à la base quoi ! 😀
    J’ai déjà entendu parler du fort de Romainville, mais je ne savais pas qu’il n’était pas sur la commune du même nom. Je ne m’attendais pas non plus à voir autant de petits sentiers en sous-bois dans ce secteur ! 🙂

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    1. Personne ne connaît trop ce secteur et c’est une chance pour nous 😇 D’ailleurs on ne connaissait pas non plus avant de s’y installer il y a 4 ans. Le fait d’avoir un peu de verdure à proximité était un vrai plus !

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  2. Ah, le canal de l’Ourcq ! je l’adore celui-là. Voilà des coins que je ne connais pas, une bonne excuse pour remonter dans le « Nord » (oui bon depuis Toulouse, ça fait loin quand même)

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  3. Merci les filles de votre participation! Je ne connais pas du tout ce coin mais il a l’air super sympa! Quel dommage qu’ils aient quand même eu l’autorisation de construire quelque chose… Parfois, je bénis les zones inconstructibles…

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    1. Merci à toi pour ce super thème ! Les carrière sont restées longtemps inconstructibles car c’était trop onéreux de les sécuriser. Il semblerait que ça soit rentable maintenant que de nouveaux projets de construction ont vu le jour… moi ce qui m’énerve ce sont les projets décidés hors sol, sans tenir compte des envies / besoins des habitants 😢

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  4. J’avais des amis qui habitaient rue de Romainville à Noisy (maintenant ils sont sur les bords du lac Léman en Suisse !)… aussi je me souviens de ce petit coin de banlieue verdoyant. Du coup ces photos me rappellent de bons souvenirs !! 👋

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  5. Je suis sûre que Vita se plait sur ces sentiers. On se croirait en pleine nature sur vos photos parfois. Difficile à croire que c’est la banlieue parisienne.

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  6. Nature, dépaysement et Histoire. Merci les filles c’est encore une très belle lecture que vous nous offrez là.
    Vous m’emmènerez découvrir tous vos coins sympas? Autour d’un apéro je suis partante.

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  7. J’avoue que pour tes fraises des bois, j’ai pensé qu’au moins tu étais tranquille avec le risque de pipi du renard… 🤣🤣

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  8. Je me suis toujours demandé ce qu’il y avait à voir sur la « corniche des forts ». ces mots m’intriguaient. Du coup, vous avez répondu à pas mal de mes questions. On est déjà allé se promener au parc Henri Barbusse mais ça m’a donné envie d’y retourner juste pour suivre vos pas ^^ en attendant de se revoir sur le canal 🙂

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    1. Contente de t’avoir éclairé 😁 Le parc Henri Barbusse est chouette (même s’il est interdit aux chiens 😢) mais en effet il y a d’autres endroits encore à découvrir derrière. A bientôt !

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