A Meaux, comme un air de vacances

Quand le Parisien en a marre d’être agglutiné dans le métro et de respirer n’importe quoi dans ses petits poumons fragiles, il lui vient parfois l’idée de s’aérer pour une journée et de s’aventurer dans les lointaines zones d’Ile-de-France que son Pass Navigo qui coûte un bras lui permet de découvrir gratuitement ! Versailles, Chantilly ou Fontainebleau ont ses préférences, car il est un peu snob, le Parisien. Et pourtant, il ferait bien de lire cet article car il risque fort d’avoir comme une envie urgente de découvrir Meaux, charmante ville qui mérite une belle place dans les destinations de break francilien. Allez, on vous raconte tout ça.

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Blogueurs en goguette

Tout commence par un petit trajet en train au départ de la gare de l’Est. On traverse des champs, c’est vert, on s’éloigne de Paris. A noter que le voyage dure entre 25 et 40 minutes selon le train que vous prenez (et qu’il est gratuit pour les gens qui ont le Pass Navigo donc). En plus, le train n’est pas bondé, alors nos petits poumons fragiles commencent à se détendre. A l’arrivée, on retrouve nos copains blogueurs, puisque nous sommes invitées pour cette journée blogtrip par l’office du tourisme du Pays de Meaux. Bon contact, tout le monde est sympa. Les organisatrices, Clémence, Cécile et Nathalie nous rejoignent. L’accueil est chaleureux, on se sent bien, mais c’est quand on se pose en terrasse pour boire un petit café sur la place près de la cathédrale que le charme opère. Je m’imaginais une ville terne et grise et nous voilà dans une bourgade bucolique avec plein de curiosités architecturales.

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C’est pas la photo qui penche, c’est la porte

On découvre le centre-ville et, pour les fans d’histoire, il y a de quoi se faire plaisir. On plonge dans le Moyen-Age et ses rues étroites et fraiches. Les façades des maisons accueillent plein de petites boutiques. Ici et là, des portes anciennes racontent l’histoire de la ville. A l’époque, Meaux était une ville étape importante entre Paris et l’Allemagne. Le centre animé garde les traces de cette tradition commerçante : quartier de la Juiverie, rue de la Cordonnerie, on est dans le typique à fond. Je crois entendre que, grâce aux terres céréalières de la Brie, il y a une tradition de brasseries qui est en train de revivre. Miam ! Mais on verra ça plus tard, il est encore tôt.

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Cécile nous raconte l’histoire de sa ville avec beaucoup d’enthousiasme. Quelques anecdotes me marquent particulièrement, comme celle des singes qui montrent leurs fesses. En gros, comme dans toutes les villes séparées par une rivière (ici la Marne), il existe à Meaux la traditionnelle rivalité rive droite vs rive gauche. Sur un pont très ancien datant du VIIème siècle s’établit traditionnellement le marché hebdomadaire. C’est là que les habitants d’une des rives ont décidé de faire sculpter des statues de singes montrant leurs fesses à ceux de l’autre rive afin d’établir leur supériorité. Déjà, je salue la maturité et la classe du geste. Ensuite, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les étapes ayant précédé l’installation des singes. Est-ce que la décision a été prise par un comité élu ? Est-ce qu’il y a eu débat autour de la taille des fesses ? Le mystère reste entier ! Mais Meaux est décidément une ville attachante.

Et d’ailleurs, ce même pont du Marché a été partiellement détruit lors de la bataille de la Marne en 1914. Les Anglais voulaient le faire sauter en entier pour bloquer l’avancée des Allemands, mais quelqu’un a eu la brillante idée de ne faire sauter qu’un pilier, ce qui a permis de bloquer les Allemands sans détruire complètement le pont… futé ! On raconte quand même que des bouts de pont ont atterri jusqu’à la cathédrale, comme quoi ils n’y sont pas allés de main morte non plus. En tout cas le pont garde son charme d’époque, à l’exception d’une arche plus récente. Voilà, c’était la minute Première Guerre (qui revient tout à l’heure).

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Pour les amateurs éclairés qui n’ont que faire des histoires de fesses de singes, Meaux possède aussi une superbe cathédrale. Sa façade porte les marques des guerres de religion et des flambées de violence entre les catholiques et les protestants. Meaux, qui comptait une importante communauté protestante, a connu l’équivalent de la Saint Barthélémy deux ou trois jours après la capitale. Un petit problème de têtes coupées sur certaines statues indique aussi que la Révolution est passée par là. Mais l’intérieur de la cathédrale envoie vraiment du rêve. C’est Notre-Dame sans les wagons de touristes : du gothique flamboyant, une nef lumineuse, des vitraux majestueux et des voutes immenses.

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Derrière la cour de la cathédrale se tient la cité épiscopale, où un spectacle son et lumière raconte l’histoire de la ville avec des centaines de bénévoles pendant l’été. Plus loin, on aperçoit le jardin de Bossuet. Là, j’ai eu envie de planter tout le monde pour aller faire la sieste avec Paule-Elise sous les arbres, près des massifs de roses odorantes et violettes. Une petite parenthèse romantique manquée mais ce n’est que partie remise.

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Avec tout cela on a faim, mais ça tombe bien puisqu’on nous propose une dégustation ! Et bien sûr, on va parler du world famous Brie de Meaux. Bon, je ne vais pas vous mentir, le fromage à pâte crue c’est un peu too much pour nous et on n’a pas goûté. Mais les copains ont dit qu’il était super bon. Et nous on s’est consolées avec le petit vin de Bourgogne qui accompagnait le fromage. C’est passé tout seul !

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On ne mange pas le chapeau des membres de la Confrérie du Brie de Meaux SVP !

La tête légère, nous traversons le fameux pont et nous dirigeons vers les Halles pour déguster l’assiette du marché. C’est une opération mensuelle qui permet de goûter différentes spécialités. On s’installe à des grandes tablées, il y a de la musique live, c’est super convivial. Je sais qu’il faudrait manger avec modération par cette chaleur mais ce serait trop dommage de bouder son plaisir. Pour le dessert, on déguste un petit éclair de chez Monchaussé, la meilleure boulangerie de France 2014, rien que ça ! Moi je prends au coquelicot, qui est d’ailleurs du pavot et je peux vous dire que ça plane pour moi !

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C’est reparti, cette fois direction le musée de la Grande Guerre de Meaux. Je connais bien, j’y suis allée deux fois pour le boulot et je sais que la collection et la muséographie sont grandioses. Paule-Elise aussi l’a déjà visité, elle vous a d’ailleurs raconté sa journée de reconstitutions historiques. Alors pendant que les copains suivent la visite guidée, nous avons le droit de nous éclipser pour profiter de l’exposition temporaire « Familles à l’épreuve de la guerre ». Au loin résonnent les premiers encouragements footballistiques du match France-Argentine. L’exposition est très bien, simple, accessible et assez solennelle. J’aime beaucoup la partie consacrée au retour des soldats, ce moment tant attendu mais forcément moins simple et idéal que chacun l’avait cru. Cela relève de la peur primale de voir partir la personne que l’on aime et de se retrouver en face d’un inconnu. De l’autre côté, ça doit aussi être terrifiant d’être enfermé dans le silence de ce que l’on a vécu et de s’apercevoir que la vie a continué sans vous, comme si votre sacrifice n’avait finalement que peu servi. Bref, cette exposition stimule la réflexion à travers des objets quotidiens et intimes.

Juste comme ça, j’avais envie de partager deux exemples parlants de l’esprit de l’époque. D’abord, une annonce passée pour une marraine de guerre :

Médecin aide major 29 ans demande correspondance avec marraine simple et distinguée. Discrétion d’honneur.

Et puis un problème de maths datant des années post-guerre :

Un mutilé jouit d’une pension de 3,720 f qui est ensuite augmentée de 80 %. Calculez au taux de 5,40 % le capital que produirait annuellement cette pension ainsi augmentée.

C’était la deuxième minute Première Guerre. Encore plongées dans des pensées sérieuses, nous sommes interrompues par des exclamations. La France a marqué, la vie continue. Nous partons en taxi pour une grosse, grosse surprise. La plage !

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Oui, à Meaux, il y a une vraie plage avec serviettes, parasols et cahutes où on boit des coups et où on refait le match. Ah, il y en a qui sont à fond ! (On ne citera pas de noms). Je me moque mais j’aime bien l’ambiance, entre partage, glace et crème solaire. En tout cas pour nous, ça fait plus envie que Paris Plage avec sa bière à cinq euros, ses tenues d’été parisiennes et son eau où on ne peut pas se baigner. Sérieux les gars, une plage où on ne peut pas se baigner ! Pas de ça à Meaux, c’est une vraie plage où on peut piquer une tête dans la Marne.

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Pas de baignade pour nous aujourd’hui, mais ça n’est que partie remise. Les organisatrices nous ont prévu un tour en bateau électrique Marin d’eau douce. Allez, c’est moi qui conduis !

Sachez que c’est moins facile que ça en a l’air. Bon c’est clair que si les voitures ne roulaient qu’à 9 km/h dans des routes larges et désertes, le permis pour moi ce serait in the pocket mais je garde espoir. Les berges sont verdoyantes. Paule-Elise se prend à rêver d’une petite bicoque sur les bords de Marne. Nathalie, la boss de l’office du tourisme, dégaine des vannes toutes les deux secondes. On s’amuse bien et la balade d’une heure passe en un éclair. Le temps qu’il faut à la France pour gagner son match !

Retour sur terre, et apéro ! Nous dégustons la délicieuse moutarde aromatisée de Meaux, tellement douce que l’on peut s’en servir comme tartinade. Et surtout, nous faisons connaissance avec la bière locale car qui dit région de Brie dit céréales, et qui dit céréales dit bière. Un jeune couple s’est lancé dans l’aventure de la bière locale et produit une blonde et une blanche assez légères qui terminent parfaitement la journée. D’ailleurs on serait bien tentées de revenir avec le van pour s’intéresser un peu plus à la plage et à la bière !

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Plein de bons produits locaux !

A la fin de la journée, nous nous sentons comme après une journée à la mer, un peu crasseuses mais le corps détendu et l’esprit en joie. Un samedi à Meaux, ça nous a bien déconnectées du boulot et de la vie parisienne ! Avis aux amateurs ! Meaux vous attend !

PS : Cécile nous garantit un microclimat meldois perpétuel de 30 degrés (meldois, du nom des Meldes, la tribu celte qui a fondé Meaux. Car oui, tout lecteur de ce blog doit partir d’ici avec une information de nature culturelle, c’est contractuel). Cela n’engage qu’elle. Mais en cas de journée à 25 degrés avec des nuages, vous êtes priés de vous adresser à l’office du tourisme.

Big up à nos valeureux compagnons blogueurs qui ont rendu cette journée super sympa et ÉNORME merci à Clémence, Cécile et Nathalie pour avoir organisé ce superbe programme !

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4 réflexions sur “A Meaux, comme un air de vacances

  1. A présent que nous avons une voiture, nous allons pouvoir suivre vos pas.
    Vous m’avez convaincue. J’irais bien passer un chouette moment à Meaux moi aussi? déguster un éclair au pavot et visiter le musée de la Grande Guerre de Meaux. Attention je veux une journée hyper ensoleillée genre 30° ok?
    Extra la balade en bateau. Je ne m’en lasse pas.

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  2. Je viens de voir votre article sur Meaux, ma ville natale. J’habitais il y a 20 ans en Picardie, à côté de Chateau Thierry, donc je connais bien la région. Maintenant j’habite dans le Luberon, dans le Sud de la France. Cela m’a fait plaisir de revoir notre ancienne région. Merci et à bientôt.

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