A la rencontre de Delphine Seyrig au LAM

Lors de notre week-end à Roubaix, nous avons poussé jusqu’au LAM (Lille Métropole musée d’art contemporain et d’art brut, à Villeneuve d’Ascq) pour voir une exposition qui nous tenait à cœur : « Les muses insoumises, Delphine Seyrig entre cinéma et vidéo féministe ». Voici un petit récit de cette expérience qui nous a beaucoup marquées.

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Qui étais-tu, Delphine Seyrig ? La fée des Lilas de notre enfance ou la femme mystérieuse de Marienbad ? Pour beaucoup, tu as été un accroche-cœur blond platine et une voix envoûtante, mais en réalité, tu as été tellement plus que cela. Tu as été une femme qui a eu le courage et le talent de porter ses convictions féministes à la fois devant et derrière la caméra. Tenez, un petit avant-goût :

En tant qu’actrice, tu as partagé ta célébrité avec des réalisatrices pour leur permettre de diffuser leur vision. Tu as été l’égérie de Marguerite Duras et surtout de Chantal Akerman dans son film Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, qui évoque la prostitution à domicile, celle dont on ne parle pas, celle dont la réalité crue ne fait pas fantasmer les hommes.

En tant que réalisatrice, tu t’es emparée de l’art vidéo encore balbutiant pour créer avec Carole Roussopoulos des documentaires marquants, comme Maso et Miso vont en bateau, un collage un peu foutraque, mais tellement percutant, sur la misogynie nauséabonde et satisfaite de la France de Giscard. Tu as aussi réalisé Sois belle et tais-toi pour libérer la parole des actrices étouffée par l’industrie du cinéma. Malheureusement, #metoo n’a rien inventé…

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Cette exposition a été conçue comme une pieuvre. Chacune de ses tentacules montre l’un de tes combats pour comprendre et défendre les identités féminines en France et partout dans le monde.

Très vite, tu as compris que sans mémoire du passé, les femmes n’auraient pas vraiment d’existence au présent. C’est pour cela que tu as fondé le centre audiovisuel Simone de Beauvoir, qui œuvre pour la préservation des archives vidéo féminines et féministes. C’est aussi pour cela qu’il faut aller voir l’exposition qui t’es consacrée au LAM. Pour découvrir et faire connaître ton œuvre, celle d’une artiste forte et complexe qui a créé et qui s’est battue pour ce qui était juste.

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L’exposition est très dense, il ne faut pas hésiter à se « perdre » dans tes engagements connus et tes engagements plus confidentiels comme l’antipsychiatrie ou les luttes transnationales et LGBT. Chacun de ces thèmes fourmille de photos, de documents et d’archives vidéo. On y croise des objets qui ont marqué notre histoire commune, comme le numéro du « Nouvel Observateur » avec le manifeste des 343 femmes en faveur de la légalisation de l’avortement. On y aperçoit des visages familiers, comme ceux de Jane Fonda ou d’Agnès Varda, tes comparses artistes et militantes. On lit l’écriture de Valerie Solanas, inquiète de l’adaptation que tu feras de son Scum Manifesto, texte radical s’il en est. On sourit parfois aussi de vos slogans insolents et de vos répliques cinglantes qui font du bien.

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Seyrig et Varda, trop de love

Je sors du musée, des récits plein la tête et le cœur ému. Un souvenir me poursuit, une lettre écrite après ton passage dans l’émission L’invité mystère en 1972. N’ayant que cinq minutes d’audience et ayant dû subir pendant deux heures des discours aussi misogynes que déplacés d’un groupe d’«experts» masculins sur l’avortement, tu recadres l’assemblée avec classe de ta voix à la diction marquée, mais surtout avec toute l’urgence et la colère qui s’imposent. Après ton intervention, un monsieur de 80 ans, veuf depuis plusieurs années, t’écrit quelques mots bouleversants pour te remercier. Il explique qu’en l’absence de contraception digne de ce nom, il a dû avorter sa femme à leur domicile plusieurs fois au cours de leur vie commune. Il a tremblé pour elle et parce qu’il l’aimait, il aurait aimé que ce geste puisse être légalisé.

Comme lui, j’ai envie de te remercier pour tout ce que tu as fait.

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Si seulement la colère de Delphine Seyrig pouvait appartenir au passé. Mais il y a fort à parier que son indignation serait aussi vive aujourd’hui. Parce que son combat est d’une modernité saisissante et que ces thématiques sont plus que jamais d’actualité, cette exposition est indispensable.

L’exposition dure jusqu’au 22 septembre 2019. Idéal pour un week-end d’été ou de rentrée ! A noter qu’elle sera entièrement gratuite le dernier week-end pendant les Journées du Patrimoine. Avant ou après l’expo, vous pourrez découvrir les collections d’art du 20è siècle et / ou vous balader dans le superbe jardin de sculptures.

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Nous avons été invitées par le LAM pour cette visite et nous remercions chaleureusement Florentine et Geoffrey de l’avoir organisée !

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Pour en savoir plus sur Delphine Seyrig :

  • La biographie « Delphine Seyrig, Une vie », de Mireille Brangé (éditions Nouveau Monde), est incontournable.
  • Plusieurs films de et avec Delphine Seyrig sont en streaming légal sur le site La Cinetek. Vous y trouverez notamment « Sois belle et tais-toi », « Peau d’âne » ou encore « L’année dernière à Marienbad ».
  • Le documentaire « Delphine et Carole – Insoumuses », de Callisto Mc Nulty (2019) retrace très bien le parcours militant de Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos. A voir absolument !

2 réflexions sur “A la rencontre de Delphine Seyrig au LAM

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