Vélo et matrimoine en Wallonie

De la Belgique, je connaissais plutôt la Flandre, et un peu Bruxelles, mais ça faisait longtemps que je lorgnais vers la Wallonie, et notamment du côté de la Meuse à vélo. J’avais commencé à regarder comment y aller cet été, quand j’ai eu un échange providentiel sur Twitter avec Wallonie Belgique Tourisme. Après un appel téléphonique et quelques mails, c’était bouclé. Ce serait un périple en vélo entre Charleroi, Namur et Dinant, trois villes aux visages différents, chacune illustrant une facette de la Wallonie.

J’avais glissé dans la conversation téléphonique le mot « matrimoine », et j’ai été ravie de voir l’intérêt qu’il a suscité, au point de devenir le fil rouge de ce voyage. Vous le verrez, j’ai eu l’occasion à maintes reprises d’explorer le matrimoine wallon sous différentes formes : en découvrant des femmes artistes d’hier et d’aujourd’hui ou en suivant des visites évoquant le rôle des femmes dans ces territoires, mais aussi en buvant de la bière brassée par une femme ou en montant sur de fameuses échasses qui étaient jusqu’à peu réservées aux hommes. Toutes ces rencontres m’ont réjouie.

Cerise sur le terril, j’ai découvert un territoire accueillant et généreux, qui regorge de (très) bonnes adresses que je partagerai tout au long de cet article.

C’est parti pour un vélo-trip féministe et hédoniste à travers la Wallonie !

Plonger dans le grand brassin

Avant de commencer mon périple à vélo, une première étape m’attend à Audregnies, juste après la frontière. J’ai rendez-vous avec Nathalie Eloir, brasseuse depuis 1995 à la brasserie de l’Abbaye des Rocs. Elle m’accueille avec ses deux beaux chiens et me voilà plongée dans une ambiance champêtre et bohème, entre les bâtiments restaurés de l’ancien moulin du 12è siècle, le grand parc et l’étang. L’Abbaye est ouverte à la clientèle tous les dimanches, et j’imagine tout à fait le plaisir qu’on a à déguster des bonnes bières dans ce cadre.

Parlons bière, justement. La brasserie de l’Abbaye des Rocs a été la première à obtenir l’agrément de micro-brasserie en Belgique, en 1979. Depuis, la gamme garde quelques classiques (la Montagnarde, par exemple, une belle ambrée) et propose de nouvelles recettes. Une blonde dont l’idée a germé lors de la découverte de houblons sauvages pendant une balade avec les chiens. Une magnifique stout bien parfumée qui a d’ailleurs été primée. Ici, tous les houblons viennent de Wallonie.

Nathalie me montre le gîte qu’elle a ouvert récemment dans un bâtiment en briques en face du moulin. Comme dans l’espace de dégustation, la déco est chinée et DIY, ça a beaucoup de cachet. Je m’y vois bien passer un petit week-end avec Hélène et Vita, car oui, les chiens sont admis ! La brasserie propose aussi des événements et ateliers sur le thème de la bière, mais aussi des cours de yoga, par exemple.

Entre l’accueil chaleureux de Nathalie, la qualité des bières et le charme de l’endroit, je suis conquise par l’Abbaye des Rocs. J’y resterais bien un peu plus longtemps, mais Charleroi m’attend…

Charleroi, à cœur ouvert

C’est grâce aux copines blogueuses Melissa et Chacha que j’avais envie de découvrir Charleroi, cœur du Pays Noir wallon. Peu de villes peuvent se targuer à la fois d’avoir été désignée la ville la plus laide du monde et de figurer dans un poème d’Arthur Rimbaud. Imaginez, un mix entre les terrils de Lens, l’ambiance de Roubaix et les silhouettes industrielles d’Hayange, tout ça en un seul endroit ! De quoi en faire fuir plus d’un·e ; de quoi me donner envie d’y plonger la tête la première.

Quand on arrive et qu’on se balade à pied ou en vélo dans Charleroi, on est déboussolé·e. L’autoroute, les voies rapides, les énormes voies ferrées, le canal, la Sambre… il faut un peu de temps (et quelques détours) pour appréhender sa géographie. Dans le centre, on a l’impression d’assister à une opération à cœur ouvert tant les travaux sont impressionnants. D’ici 2023, la ville aura fait peau neuve et présentera un tout autre visage…

Pour aimer Charleroi, il faut lâcher prise et s’ouvrir aux surprises. Oui, c’est une ville âpre et déroutante, je ne dirai pas le contraire. Mais j’ai aimé chaque moment que j’y ai passé, j’ai aimé pédaler sur ses terrils, m’attabler dans ses bons restos, écouter ses habitantes m’ouvrir leur cœur – et me laisser guider. 

Balade vélo et matrimoine sur le site du Martinet

Je rejoins à vélo Martine Piret au pied du site du Martinet, à quelques kilomètres du centre-ville. Martine est chargée de gestion urbaine pour la ville de Charleroi, elle vit à côté du site du Martinet et le connait par cœur. Elle a imaginé une balade vélo et matrimoine en vue des premières Journées du Matrimoine à Charleroi, qui se tiennent du 22 au 25 septembre 2022. Et je vais tester cette balade en avant-première, chanceuse que je suis !

Martine commence sa visite en rappelant que le vélo est un levier d’émancipation pour les femmes, et je ne pourrais imaginer meilleure introduction à ce périple. Je la suis sur les RAVeLs, ces merveilleuses voies lentes réservées aux moyens de transport non motorisés qui sillonnent toute la Wallonie. En quelques minutes nous passons d’un quartier de maisons ouvrières à des champs avec vue sur les alentours. Des champs, à Charleroi ? Première surprise d’une longue série. Derrière les vaches, le panorama de l’agglomération se dévoile. La trentaine de terrils qui entoure la ville lui donne un relief vallonné et doux. Aujourd’hui, ils sont recouverts de végétation et rythment de leur verdure la ligne raide et rouille que forment les silhouettes des anciennes usines.

Le site du Martinet a été exploité pour son charbon de 1838 à 1969. Les dernières installations ont fermé en 1979. Après des années de mobilisation des habitant·es pour le protéger, il accueille aujourd’hui des familles en promenade, une nature foisonnante, des bâtiments réhabilités et de belles initiatives. Il a même le label Unesco « Paysage culturel évolutif et vivant », une appellation qui lui correspond plutôt bien.

Dans l’ancien hangar des locomotives aux arches de béton brut, nous rencontrons Natacha Blanchart, entrepreneuse carolo qui a créé les Levures sauvages. L’endroit est en ébullition, et pour cause : les premiers pains sortiront du four dans quelques jours. Ici, c’est donc un site de production boulangère qui ouvrira, avec la volonté de travailler des produits qualitatifs pour le plus grand nombre. Un peu plus loin, Martine s’arrête pour me montrer les vignes et les ruches qu’une association a installées à flanc de terril. Quand le terril devient fertile et nourricier, la boucle est bouclée, d’une certaine manière.  

Au fil de la balade, Martine me raconte l’histoire des travailleuses, des résistantes et des militantes qui ont vécu ici. A travers quelques traces plus ou moins fugaces, elle dessine tout un paysage social où les femmes ne sont pas cantonnées à des rôles assignés (le foyer, le care). Un paysage où les femmes actives et engagées ne sont pas présentées comme une exception. Un paysage réel et complet, en fait.

Nous terminons la balade devant le coquet château en briques de Monceau-sur-Sambre, après avoir suivi quelques sentiers forestiers. Nul ne se douterait que ce joli parc a été le décor de plusieurs procès en sorcellerie au 17ème siècle. Le collectif Charliequeen a réalisé une balade sonore là-dessus, que je vous recommande d’écouter pour en savoir plus sur cette histoire sombre.

C’est ce collectif qui est à l’origine des Journées du Matrimoine à Charleroi, qui proposent une programmation riche et inventive sur trois jours. La balade à vélo avec Martine est prévue le 25 septembre à 10 heures, et elle est gratuite. Il faut espérer que d’autres dates suivront, aussi bien pour les habitant·es que pour les visiteur·ses !

Les trésors du Bois du Cazier

Le lendemain, c’est toujours à vélo que je me rends au Bois du Cazier, ancien site minier reconverti en musée. Je suis accueillie à l’arrivée par deux imposants chevalements qui se dressent sur le ciel bleu. Le Bois du Cazier est un site immense et très riche, un peu comme Lewarde chez nous. Pour ma part, je me suis concentrée sur les parties évoquant l’immigration italienne et la catastrophe de Marcinelle, avant de filer parler matrimoine avec la documentaliste des lieux.

Martine m’avait déjà parlé la veille du fameux accord de 1946 passé entre la Belgique et l’Italie pour attirer des travailleurs italiens dans le bassin minier wallon. Au Bois du Cazier, je découvre de nombreux documents et témoignages sur la vie de ceux (dans un premier temps) et de celles (dans un second temps) qui sont arrivé·es ici à cette époque. Des images d’archives montrent la vie quotidienne de ces immigré·es à qui les affiches de recrutement vendaient, si ce n’est du rêve, du moins une vie correcte. Pourtant, à l’arrivée, bizarrement, les conditions réelles ne correspondaient pas vraiment à ces promesses.

L’accord a pris fin au bout de dix ans, en 1956, suite à la catastrophe du 8 août dans laquelle 262 hommes périrent, dont 136 Italiens. A l’entrée du site, un monument en marbre de Carrare leur rend hommage. Plusieurs salles, films et multimédias sont consacrés à la catastrophe et permettent d’en comprendre les enjeux.

En marchant au pied des chevalements, dans le silence des machines arrêtées, je laisse la mélancolie des lieux se frayer un chemin en moi. Je regrette parfois que la souffrance des corps, le gâchis des vies, l’exploitation de la nature soient édulcorés dans un récit que je trouve très codifié (je m’étais fait la même remarque à Lewarde).

J’ai besoin de me poser. On m’a proposé de passer au centre documentaire, alors j’en profite. Julie van der Vrecken, la documentaliste, a préparé pour moi quelques ouvrages de témoignages sur les femmes et la mine. Je lui demande si elle connait des artistes femmes qui ont travaillé sur le monde de la mine, et là, attention, c’est parti pour deux gros coups de cœur.

Côté 19ème siècle, le superbe cahier de croquis de Cécile Douard sur le Borinage. On y voit les hiercheuses et les glaneuses dans des scènes de la vie quotidienne qui ne gomment pas la pénibilité de la vie à la mine. C’est un style assez physique, les gestes sont beaux et précis, et je n’y ai pas perçu de misérabilisme non plus.   

Côté 21ème siècle, le travail photographique de l’artiste américaine La Toya Ruby Frazier. Accueillie en résidence dans le Borinage en 2016, elle a rencontré d’anciens mineurs et a arpenté les terrils, les cités minières et les anciennes usines. Son livre au noir et blanc granuleux « Et des terrils un arbre s’élèvera » raconte comment ces lieux vivent aujourd’hui, et c’est juste magnifique (je l’ai d’ailleurs acheté à la librairie).

La morale de l’histoire : n’hésitez pas à vous arrêter dans les bibliothèques ou les centres de documentation quand vous êtes en voyage. Vous y ferez certainement des découvertes et des rencontres inattendues !

Le Musée de la Photographie

C’était l’une des raisons pour lesquelles j’avais envie d’aller à Charleroi. Vous connaissez ma passion pour la photographie, et ça faisait longtemps que ce musée était sur ma liste ! Son architecture à elle seule vaut le détour puisqu’il est installé dans un ancien carmel, auquel un bâtiment plus contemporain a été ajouté.

Je retrouve America Parra Smart, enseignante de photographie et responsable du service des publics du musée, qui a développé une visite guidée axée sur les femmes. J’ai eu grand plaisir à la suivre et à l’écouter, car elle est une raconteuse hors pair.

Le parcours du musée répond finalement à son architecture : la première partie est très classique et chronologique, et la deuxième a une approche plus moderne et thématique. J’ai plutôt trouvé mon bonheur dans les espaces plus contemporains, qu’il s’agisse des grandes pièces mélangeant des œuvres très différentes sur un même thème ou des plus petits espaces consacrés à la création actuelle. Le parcours chronologique est bien fourni, on y voit de belles choses, mais ça reste une vision de l’histoire de la photo très traditionnelle, centrée sur la production occidentale et masculine. Après, le parcours évolue perpétuellement, ce qui laisse espérer des changements au fil des accrochages.

Parmi mes coups de cœur et découvertes, je citerais le travail de photoreporter de Wendy Watriss et Fred Baldwin, qui ont travaillé en couple toute leur carrière, ainsi que Clyde Lepage et ses portraits d’habitant·es de son territoire entre Namur et Liège ou encore les photos d’adolescence imprimées sur des pavés de béton d’Erika Meda.  

Au final, il y en a pour tout le monde au Musée de la Photographie. Quels que soient vos goûts, vous y trouverez sûrement votre compte !

Bonnes adresses à Charleroi

Où dormir et manger à Charleroi ? Voici trois excellentes tables et un hébergement pour un séjour carolo réussi.

Le Quai 10

J’y ai diné le premier soir avec Martine, et c’est un endroit bien connu des Carolos. Un grand bâtiment de béton et de verre situé sur les bords piétons de la Sambre accueille ce lieu hybride dédié au cinéma, au gaming et à la bonne chère. Le restaurant est spacieux, animé, avec une belle terrasse sur le quai.

La carte mixe quelques spécialités locales, comme les boulettes, avec des salades, des burgers ou des planches. Il y a aussi des plats de pâtes et des risottos plutôt originaux, et je me suis laissée tenter par des raviolis sardes (= de grands raviolis à la pomme de terre, au pecorino et à la menthe). C’était joli, délicieux et copieux, que demander de plus ? Pour le sucré, les gourmand·es pourront y aller les yeux fermés. Mon dessert de bananes chaudes et mousse au caramel était une tuerie. On fait glisser avec une bonne bière Sambrée évidemment. Parfait pour un diner cosy après une journée de visites. (Plats entre 15 et 25 euros).

Emocion

On reste dans une ambiance méditerranéenne avec ce restaurant situé au Bois du Cazier, dans une grande salle chaleureuse. La carte est d’inspiration espagnole et italienne. J’ai commencé par un petit tapas de courgettes grillées (fraiches et croquantes) et j’ai été dans l’incapacité totale de résister au poulpe grillé qui était proposé en plat du jour. Servi sur une caponata, agrémenté de quelques frites au couteau et de petites sauces multicolores, c’était un plat généreux et savoureux, hyper réussi. A tester lors de votre visite au Bois du Cazier (mais ça vaut le détour même sans visiter le musée). Fun fact : le propriétaire porte le même nom de famille que moi – un réel gage de qualité. (Plats entre 15 et 30 euros).

La Table de LaM.U

Ce restaurant gastronomique est l’une des trois adresses de la Manufacture Urbaine, qui brasse de la bière sur le site du Martinet et qui propose aussi un beer-pub/épicerie en ville (L’Atelier de la LaM.U).

A la Table, nous sommes chez le chef Fabrizzio Chirico, dans une salle à la déco soignée mais pas guindée, avec vue plongeante sur les cuisines. Pas besoin d’être un·e habitué·e des étoilés Michelin pour se sentir à l’aise ici, l’équipe est très sympa et les prix ne sont pas exagérés vu la qualité exceptionnelle des plats (j’ai pris le menu signature en trois services pour 38 €). Mes papilles se souviennent avec émotion d’une mise en bouche sardine-pastèque, d’un ceviche fondant, d’un fenouil mariné bien acidulé pour accompagner le cabillaud ou encore d’un dessert aux parfums d’été. Une super expérience pour se faire plaisir !

L’auberge de jeunesse Arthur Rimbaud

Une adresse hyper pratique et centrale pour découvrir Charleroi, c’est l’auberge de jeunesse, située près de la Sambre, à 5 minutes de la gare. Les espaces sont fonctionnels et les chambres single ont une salle de bains privative. Le petit-déjeuner est inclus dans le prix, qui va de 24 euros la nuit en dortoir de six personnes à 56 euros la single et 64 euros la twin. Le lobby est super agréable pour chiller, et il y a un local à vélo sécurisé pour les cyclotouristes (ce qui est bien pensé puisque Charleroi est sur l’Eurovélo 3).

De Charleroi à Namur à vélo

Et en parlant de l’Eurovélo 3, il est temps de pédaler sérieusement ! Le trajet de Charleroi à Namur (48 km) suit cette véloroute, qui est aussi le RAVeL de Sambre à cet endroit. Je vais longer la rivière toute la journée, des usines carolos aux rives de la Meuse, en passant par la jolie Floreffe. Il n’y a pas de difficulté particulière sur le parcours, tout est très bien indiqué, y compris la moindre petite déviation. C’est vraiment agréable de faire du vélo en Wallonie !

Etape à Floreffe

Floreffe est une étape parfaite entre Charleroi et Namur sur l’Eurovélo 3. Vous ne pouvez pas rater son abbaye-école qui surplombe la Sambre. On l’appelle abbaye-école parce que c’est une ancienne abbaye qui est aujourd’hui un groupe scolaire d’environ 1 700 élèves. C’est une visite assez insolite que je vous recommande, car ça reste inhabituel de visiter un lieu de patrimoine qui est aussi un lieu vivant où des jeunes de tous âges vont d’une salle de cours à l’autre ou trainent dans la jolie cour fleurie qui donne sur la rivière.

Vous avez le choix entre prendre un billet au moulin et faire la visite libre des extérieurs, ou suivre une visite guidée qui vous permettra de voir aussi les intérieurs. J’étais contente de faire la visite guidée, pour voir par exemple cet ancien réfectoire transformé en cantine ou cet ancien cloitre devenu un terrain de handball. Franchement, on se croirait à Poudlard.

Si vous avez un peu plus de temps à Floreffe, je vous conseille de passer à l’office du tourisme (juste au pied de l’abbaye) prendre un dépliant pour faire la balade jusqu’à la chapelle de Sainte-Renelde. C’est un bon contrepoint à la riche abbaye des moines, un petit sanctuaire perdu dans la nature, où l’on vient aujourd’hui encore prier pour la guérison de ses proches. Le genre de découverte précieuse, intimiste, que l’on chérit en voyage.

Où manger/dormir à Floreffe

Également au pied de l’abbaye, le Baromètre propose une jolie salle et une terrasse où déguster des tapas ou quelques plats traditionnels revisités par le chef. Les croquettes de crevettes grises, une spécialité flamande que j’adore, étaient excellentes, très parfumées. Le Baromètre propose aussi un gite depuis peu, avec une déco moderne et cosy et en bonus un bain japonais. Parfait si vous avez envie de passer la nuit à Floreffe, ce qui peut être une bonne manière de prendre votre temps entre Charleroi et Namur.

Namur, aux confluences

Ah, Namur… j’ai aimé son atmosphère douce et vibrante, sa tranquille bonne humeur, sa dynamique propre aux confluences, ces lieux particuliers où les énergies se rassemblent. Avec sa citadelle qui surplombe la Sambre et la Meuse, ses belles maisons sur le fleuve et ses rues piétonnes dans le centre, avec son street art, ses bonnes tables et son accueil chaleureux, Namur plaira au plus grand nombre. En plus, j’ai eu la chance d’y faire de très belles rencontres !

Alice l’échasseuse

A commencer par Alice Gobiet, qui m’attend le premier soir pour me montrer comment une tradition fort namuroise (et fort masculine) est en train de connaitre une véritable révolution. Alice travaille pour la promotion du vélo en Wallonie, elle est une grande voyageuse, et depuis quelques années elle a un hobby un peu particulier.

Vous les verrez un peu partout dans la ville, sur une fresque murale ou un rond-point, ou sur une bouteille de Houppe, la bière locale. Depuis le 15ème siècle, les joutes d’échasseurs font la renommée de la ville. La tradition des échasses remonte aux périodes d’inondations durant lesquelles les Namurois·es les utilisaient pour circuler sans trop se tremper. Malin ! Mais on peut faire tellement d’autres choses avec des échasses, comme… se battre, par exemple. C’est ainsi que les joutes sur échasses sont nées, au point de devenir un moment phare du folklore local, notamment au moment des fêtes de Wallonie en septembre.

Sept siècles après leur création, les joutes vont enfin accueillir des femmes. Les entrainements leur sont ouverts depuis 2018 et c’est seulement cette année qu’elles combattront en public – pour la première fois. Ça en prend du temps, de faire reculer le patriarcat.

Alice n’est pas venue les mains vides. Sur la place d’Armes de Namur, elle enfile un jogging sous sa robe et hop, grimpe sur ses échasses aux couleurs de son équipe. Elle a l’air bien, une fois là-haut, et se balade à l’aise sur les pavés. Je suis admirative autant de la prouesse physique que de la symbolique qu’il y a derrière tout ça. Et quand elle me propose d’essayer à mon tour, je dis oui ! (Hélas, il n’y a aucune photo, car Alice était tout occupée à me maintenir littéralement debout).

Après cette démonstration, Alice me fait découvrir le centre de Namur, qui est bien animé à l’heure de l’apéro. Les terrasses sont pleines, les façades regorgent de jolis détails architecturaux, il y a plein de petites boutiques qui ont l’air sympa. Je suis déjà sous le charme.  

Le Hang’Art

Le lendemain, je commence par faire un tour au Hang’Art, un espace créatif partagé, pour rencontrer quelques créatrices qui travaillent là. C’est Anne-Sophie Colmant, alias la Patronne, qui est à l’initiative de cet endroit vraiment cool où les artistes et artisan·es peuvent trouver non seulement des espaces de travail, mais aussi un accompagnement dans leur parcours professionnel. Vraiment le genre d’endroit que j’aimerais avoir à côté de chez moi !

Je me balade dans les ateliers, chacun·e est concentré·e sur son travail, mais l’ambiance dans les parties communes est conviviale. La vitrailliste Juliette Bonmariage me fait découvrir son travail et me raconte son parcours. J’admire les grands calques qui sont punaisés au mur de son atelier, ainsi que les plaques de verre qui sont rangées par couleurs dans ses étagères.

Je discute ensuite avec Céline Wayntraub, dont le projet Urbanisa’son me parle beaucoup. Céline et sa comparse Emilie Bergilez utilisent la création sonore pour développer des projets en lien avec la mémoire des territoires, notamment avec des publics fragiles. Grâce à leurs balades sonores, on découvre des quartiers de Bruxelles ou de Charleroi à travers les histoires de celles et ceux qui y vivent. Ça parle de logement, d’exil, mais aussi d’espoir.

Ces balades sont issues d’un véritable travail collaboratif, car Céline et Emilie se mettent vraiment au service des récits des personnes qu’elles rencontrent. C’est une façon vraiment innovante, et militante, de s’immerger dans les territoires. Vous pouvez écouter ces balades (et les faire en autonomie si vous venez en Wallonie) sur leur Soundcloud.    

Il se dégage un sentiment d’ébullition assez communicatif au Hang’Art ! C’est ouvert au public pour certains événements et on peut retrouver les créations des artistes et artisan·es dans plusieurs endroits en ville.

Sur les murs de Namur

Il me reste une grande après-midi ensoleillée pour profiter de Namur. Je commence par monter à la Citadelle par le tout nouveau téléphérique, qui permet d’avoir une belle vue sur la vieille ville et sur la confluence. Je n’ai pas forcément envie de visiter la Citadelle, mais sachez qu’il y a plusieurs parcours de découverte sur le site. Pour ma part, je préfère flâner, en redescendant d’abord vers la Meuse, puis en suivant le parcours Namur street art (petit plan gratuit à récupérer à l’Office du tourisme).

Je traverse la Meuse sur l’Enjambée, une passerelle piétonne, et découvre la grande fresque de Démosthène qui encanaille la bourgeoise Villa Balat de ses motifs végétaux. Je fais ensuite un bon tour de la ville, en mode chasse aux trésors, pour découvrir les autres œuvres du parcours : une machine à écrire et des VHS sur le bâtiment des Archives (œuvre de Léon Keer), un nuancier de béton multicolore sur le chemin de l’école (œuvre de Propaganza) ou un lettrage un peu steampunk sur le mur d’un lycée technique (œuvre de Démosthène et Maxime Lambert).

Quelques femmes sont aussi présentes dans le parcours, comme Mona Caron, une artiste suisse qui est spécialisée dans des fresques florales et végétales assez métaphoriques, avec beaucoup de détails et de personnages perdus dans les fleurs. Un petit côté Jérôme Bosch rencontre Takashi Murakami, j’ai bien aimé. A voir aussi, les silhouettes grises et bleues des arbres fragiles d’Ania Zuber et Sébastien Gairaud aux Jardins du Maïeur.

C’était une belle façon de découvrir la ville, entrecoupée de moments d’admiration devant les façades de briques Art déco et de pauses en terrasse. Namur a pour symbole un escargot (on dit ici « caracole » ou « lumçon »), et c’est vrai qu’elle se prête parfaitement à de lentes déambulations !

Bonnes adresses à Namur

Si Namur vaut une visite pour son ambiance, son histoire et son architecture, elle mériterait aussi le déplacement rien que pour ses excellentes adresses !

Petit Pays

C’est mon coup de cœur culinaire absolu du voyage. Un moment plein de délicatesse dans l’antre de Joseph Cassart, tout jeune chef qui a ouvert son restaurant en 2021 autour d’un rêve : devenir au fil du temps un petit pays, c’est-à-dire un organisme auto-suffisant et indépendant. Moi, je signe direct pour devenir citoyenne de ce pays-là.

Joseph est seul aux commandes de la cuisine et du service. La saisonnalité est le maitre-mot, et ok, c’est à la mode, mais ici ça ne veut pas juste dire qu’on utilise tel ou tel ingrédient à telle période. La saisonnalité, c’est aussi l’émotion de voir passer le temps dans l’assiette, et c’est vraiment ce que j’ai ressenti ce soir-là. De la belle entrée de tomates aux couleurs pétillantes vers le dessert à la mirabelle accompagnée de chocolat blanc et de verveine, c’était le repas parfait pour un 1er septembre, une façon douce de dire au revoir à l’été.

Petit Pays propose une carte réduite et n’est ouvert que le soir. Il faut réserver longtemps à l’avance puisqu’il n’y a que 15 couverts par soir. Comme vous l’avez compris, c’est une expérience que je recommande grandement ! (Formule unique 37 euros pour 3 services ou 45 euros pour 4 services).

Craquage

C’est Alice l’échasseuse qui avait choisi cet endroit pour diner ensemble, et c’était un très bon choix ! Le concept est sympa puisque ce sont des chefs différents qui sont invités pour une période donnée. Le menu change tout le temps, histoire de proposer des saveurs nouvelles et surprenantes. Ce soir-là, les tapas incitaient au voyage : stracciatella super crémeuse, mais aussi falafels, tortas et tacos. Avec une bière locale ou, pour les plus robustes, une belle sélection de gins !

Le Temps de Livresse

Et ça, c’est mon coup de cœur hébergement du séjour, un endroit complètement unique qui plaira aux amoureux·ses de calme, de nature et… de lecture. Car le Temps de Livresse est un Bed and Books, concept génial créé par Fabienne Depas, la propriétaire des lieux, qui a mis beaucoup d’elle-même dans ce gîte ouvert en 2019.

Son idée est de créer du partage autour des livres, et les hôtes peuvent repartir avec des livres piochés dans la belle bibliothèque du salon. Pour ma part, j’ai pris un recueil de poésie de Lisette Lombé qui avait été déposé par un hôte quelques semaines auparavant. J’adore cette idée de transmission autour du livre.

Tout dans cet endroit donne envie de lire, non seulement la bibliothèque, mais aussi le cadre rural et calme et la décoration. Aménagé en duplex dans un style loft complètement ouvert, le gîte est ouvert sur l’extérieur grâce à une baie vitrée en forme de demi-lune à l’étage. Tous les matériaux sont beaux, les meubles élégants, c’est une vraie adresse de charme. Fabienne propose aussi un petit-déjeuner copieux et savoureux réalisé à base de produits ultra locaux.

Le Temps de Livresse est situé à environ 5 km du centre de Namur. Un RAVeL relie les deux, ce qui est fort pratique, et on peut mettre son vélo à l’abri dans une remise dans le jardin de Fabienne. Franchement, je serais capable de retourner dans cet endroit uniquement pour m’y enfermer et bouquiner pendant une semaine. (J’en rêve, en fait !)

(Autour de 160 euros la nuit pour le gîte, qui peut loger jusqu’à 4 personnes).

De Namur à Dinant à vélo

Me voilà donc sur la Meuse à vélo, sur une portion de l’Eurovélo 19. La Meuse, nous l’avons croisée souvent au cours de nos voyages, que ce soit en Lorraine, à Charleville-Mézières ou encore à Rotterdam, et j’ai toujours de la sympathie pour elle. Cette portion entre Namur et Dinant fait une trentaine de kilomètres. C’est plat, ça roule bien et c’est beau, aussi bien sous le soleil que sous la pluie !

Autrefois, ce bout de Meuse était prisé des riches familles bourgeoises de Wallonie qui venaient s’y faire construire leurs résidences secondaires. On découvre donc des demeures cossues et des châteaux coquets qui s’égrènent au fil de l’eau, au pied des falaises calcaires qui bordent le fleuve. Le paysage verdoyant se reflète sur l’eau et il n’y a qu’à se laisser porter jusqu’à Dinant, pour ainsi dire, en n’oubliant pas de pédaler de temps en temps.  

Dinant, la photogénique

Visite avec Blandine, de Terra Wallonia

Je découvre Dinant avec Blandine Collette, qui travaille pour la maison du tourisme Explore Meuse et qui a aussi une activité de guide indépendante sous l’appellation de Terra Wallonia. Elle propose des tas de visites à travers la Wallonie, avec des idées plutôt originales, comme une visite aux alentours de Dinant où on peut emmener son chien ! Je n’aurai droit qu’à une visite pour humains cette fois-ci, mais c’était déjà très bien. Blandine est passionnée par la Meuse, à tel point qu’elle l’a parcourue de sa source à son embouchure pour son mémoire de fin d’études. Elle est la femme de la situation si vous voulez apprendre toutes les histoires, grandes ou petites, de la région.

Grâce à elle, j’ai découvert des parties de Dinant un petit peu moins touristiques que l’hyper-centre et des anecdotes intéressantes sur son histoire. Quand on arrive à Dinant, il y a un effet wow avec la collégiale au clocher en forme de bulbe, la citadelle et les maisons colorées le long du fleuve. C’est vraiment joli, et c’est ce qui attire de nombreux touristes.

Dinant fait une halte parfaite sur la Meuse à vélo le temps d’une demi-journée ou d’une journée selon ce que vous aurez envie de visiter ou selon le temps que vous passerez à chiller en terrasse sur les bords de Meuse.

Bonnes adresses à Dinant

Chez Solbrun

Très bon accueil dans ce salon de thé qui est aussi une chocolaterie. Un endroit sans chichi avec vue sur la Meuse qui propose une petite carte de restauration très chouette pour le midi. Après une bonne matinée de vélo, on se laisse volontiers tenter par la formule soupe, quiche et dessert. Tout est fait maison et il y a des options végétariennes. J’ai juste regretté de ne pas pouvoir ramener une boite de chocolats (des pralines, comme on dit ici) dans mes sacoches de vélo !

Le Confessionnal

Si vous me suivez jusque-là (et je vous en remercie, car cet article est vraiment long), vous vous dites : quoi, elle est en Belgique depuis des jours et elle n’a même pas encore mangé de frites ? Un réel scandale, il est vrai. Rassurez-vous, cela valait le coup d’attendre.

C’est au Confessionnal, en face de l’abbaye de Leffe, que je savoure mon dernier diner wallon. Une adresse un peu différente des autres endroits que j’ai testés cette semaine, plus traditionnelle, mais sûrement pas moins conviviale ! Après avoir pris l’apéro dans le joli jardin, je découvre une salle décorée façon estaminet, avec les nappes à carreaux et des collections d’objets rustiques. Ça me plait, et je m’attable pour déguster un saumon mariné puis des rognons en sauce accompagnés des fameuses frites maison. Ce n’est pas le genre de plats que je mange tous les jours, mais une fois de temps en temps, dans un bon endroit, j’adore ça. Je me suis régalée, et l’accueil était très agréable ici aussi. (Plat entre 23 et 27 euros).  

L’empreinte belge

Une petite adresse shopping, qui existe aussi à Namur et que j’ai découverte grâce à Alice l’échasseuse. Comme son nom l’indique, le concept vise à promouvoir des créateurices belges. On y trouve des affiches et cartes postales, des cosmétiques, de l’alimentation, des vêtements, tous produits ou conçus en Belgique. J’aurais bien ramené une bouteille de gin, mais c’est là qu’on voit les limites du cyclotourisme honnêtement ^^ J’y ai quand même trouvé la meilleure casquette du monde, avec un petit cornet de frites brodé. Une chouette adresse pour ramener des cadeaux et souvenirs.

La Merveilleuse

A Dinant, j’ai dormi dans un endroit étonnant : un ancien couvent de sœurs dominicaines. C’est un beau bâtiment néogothique qui surplombe la Meuse, avec une vue magnifique. Les chambres sont spacieuses et n’ont rien de monacal ! Par contre, on retrouve quelques traces du couvent, notamment avec les petites chaises de prière devant chaque chambre, ou au moment du petit-déjeuner dans l’ancien cloitre. Pour les cyclotouristes, il est possible de laisser son vélo dans un petit local sécurisé. Une adresse originale et confortable. (Environ 100 euros la nuit pour 1 personne).

Pour rentrer de Dinant à Charleroi, il y a un RAVeL que je n’ai pas pris, car la météo n’était pas au rendez-vous ce jour-là (les aléas du direct, comme on dit). J’ai donc préféré le train, j’avoue. J’en profite pour dire que Charleroi, Namur et Dinant sont bien connectées par le train et qu’il est facile de monter avec son vélo. Ce petit séjour peut donc tout à fait être effectué en train si vous n’êtes pas adepte du cyclotourisme !

Je me suis sentie extrêmement gâtée lors de ce voyage, à la fois par les personnes que j’ai rencontrées, mais aussi par les paysages, la météo, les saveurs et les surprises. En Wallonie, on utilise souvent l’expression « C’est gai », et j’adore ça. Je trouve qu’elle définit parfaitement l’ambiance joyeuse et chill de ce voyage.

Alors, tenté·e par de gaies aventures en Wallonie ? 

Je remercie Wallonie Belgique Tourisme pour son invitation, et particulièrement Marie et Gianni pour l’organisation de ce super séjour ! Merci aussi à tous les partenaires pour leur accueil et leur disponibilité.


6 réflexions sur “Vélo et matrimoine en Wallonie

  1. Il y a tellement à découvrir partout, j’aime bien les échasses, ça ne doit pas être simple niveau équilibre par contre ?!
    Dinant est très belle c’est clair, ça donne envie, Namur me tente bien aussi, rien que pour le fait qu’ils aiment les escargots ! 😀

    J’aime

    1. Ah oui les échasses ça demande clairement de la pratique, et beaucoup de bobos aussi !! Namur est vraiment une ville agréable et sympathique, ça peut faire une destination de week-end à part entière.

      J’aime

  2. Toujours un bonheur de te lire, de retrouver ta plume et ton ton ! J’adore ton regard sur le Nord, la culture ouvrière, les femmes et leur héritage, ta sensibilité et ta façon de raconter. Et en plus, Dinant et Namur me tentent beaucoup !

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s